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Le coup de hache

Le truc de la décapitation par la hache, imaginé et combiné par le professeur Gauthier, est effectué sans le concours d’aucune glace.

Sur la scène, tendue de noir avec broderies d’argent, comme un catafalque, se trouvent deux billots cylindriques en bois, analogues à ceux qui servirent si longtemps pour les décapitations et qui sont encore employés en Allemagne.

Le bourreau apparaît, sinistre, tout de rouge habillé, l’épée au côté, la hache à la main. Les aides, revêtus de la cagoule, amènent le condamné qui semble plus mort que vif. Ils le font agenouiller devant un des billots: il obéit docilement, paraissant à bout de résistance.

La hache tournoie, s’abat avec un bruit sourd: la tête roule dans un panier placé près du billot. Le corps décapité, saignant de l’horrible plaie au cou, est agité par les soubresauts de la mort.

Le public est invité à venir sur la scène, toucher le corps et la tête avant que l’on ne les emporte, pour s’assurer (ô illusion !) qu’il n’y a pas de supercherie.

Voici, pour les initiés, ce qui s”est passé.

L’artiste qui joue le rôle du condamné, au moment où les deux aides le font agenouiller, se trouve un instant caché au yeux du public. Il en profite, ayant le cou très souple, pour introduire sa tête dans une ouverture cachée sur la face supérieure du billot; en même temps, un des aides sort de sa cagoule une tête en cire admirablement imitée et la place sur le billot: elle semble vraiment rattachée au corps du sujet.

Au moment précis où le bourreau abat sa hache, l’artiste se laisse glisser en arrière, d’un coup de reins, et son corp s’allonge, à plat ventre, sur le plancher de l’échafaud: il y trouve une trappe dans laquelle il enfonce sa tête. En même temps, le deuxième aide, passant entre lui et le public, applique contre les épaules un cartonnage représentant un cou coupé. Le cartonnage est bourré d’un éponge imbibée de sang mi-partie liquide, mi-partie coagulé, et cela est si répugnant que personne n’a envie d’y toucher.

Ce truc demande beaucoup de prestesse de la part du bourreau et de ses aides, un cou à épine dorsale des plus complaisantes de la part de l’artiste qui joue le rôle du décapité, et enfin une patience extrême de la part de celui qui reste ratatiné dans le second billot: quelle courbatures lorsqu’il en sort ! Mais le résultat général est obtenu, et il faut savoir souffrir pour l’amour de l’art et pour toucher un bon cachet par représentation.

 

    

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13 janvier 2011