Le ballet est une forme de spectacle dans laquelle la danse, étroitement liée à la musique, devient un moyen d’expression dramatique. Né dans les cours italiennes de la Renaissance puis développé avec éclat en France, il se transforme progressivement en un art de la scène codifié, doté de ses propres techniques, de ses maîtres et de son vocabulaire.

En 1885, le Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent reprend une définition donnée un siècle plus tôt par Charles Compan : ‘Action théâtrale qui se représente par la danse, guidée par la musique.‘

Cette formule résume remarquablement la conception du ballet : la danse n’est plus seulement une succession de pas destinés au divertissement, elle participe à une action théâtrale et peut raconter, suggérer des sentiments et faire progresser un récit.

Charles Compan, auteur d’un Dictionnaire de danse publié en 1787, appartient à une époque où l’on cherche justement à penser et à définir cet art. Au XVIIIe siècle, le ballet connaît en effet une profonde transformation. Jean-Georges Noverre en est l’une des figures essentielles. Défenseur du ‘ballet d’action’, il souhaite libérer la danse d’une partie de ses conventions et donner davantage de vérité aux gestes, aux attitudes et à l’expression des sentiments.

Quelques décennies plus tard, le Petit dictionnaire des coulisses, publié en 1835 sous le pseudonyme de Jacques-le-Souffleur, porte sur cette évolution un regard particulièrement révélateur :

‘Les anciens avaient porté cet art à un degré de perfection que nous n’avons pas encore atteint dans tout son ensemble.‘

Le même ouvrage rend ensuite hommage à Noverre, présenté comme celui qui, en France, avait ‘raisonné la danse’. Il lui attribue notamment l’abandon de certains costumes encombrants — perruques, paniers et tonnelets — au profit d’une danse davantage tournée vers l’action et l’expression. Selon l’auteur, aux anciennes ‘caricatures’ auraient ainsi succédé des ‘tableaux historiques ou gracieux’.

Le texte cite enfin plusieurs artistes auxquels il attribue les progrès récents de l’art chorégraphique, parmi lesquels Jean-François Coulon et Jean-Pierre Aumer. Coulon (1764-1836), danseur et professeur réputé, participa à la transmission de la technique française, tandis qu’Aumer (1774-1833), danseur et maître de ballet, contribua au développement du ballet narratif au début du XIXe siècle.

Ces témoignages montrent combien le ballet s’est construit par transformations successives. Divertissement de cour, spectacle théâtral, art du geste et de la pantomime, puis discipline de plus en plus exigeante techniquement, il traverse les siècles en renouvelant sans cesse ses formes. Au XIXe siècle, le ballet romantique ouvrira encore une nouvelle période, avec ses univers fantastiques, ses ballerines et le développement du travail sur pointes, avant que le ballet classique ne poursuive cette histoire sur les grandes scènes européennes.

Sources : Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent, Paris, Librairie de Firmin-Didot et Cie, 1885. Charles Compan, Dictionnaire de danse, Paris, 1787. Petit dictionnaire des coulisses, publié par Jacques-le-Souffleur, Paris, 1835.

Ballet La scène de l’Opéra (Le pas des roses) 1860-186. Bibliothèque Publique de New York. Collections numériques. Belin, Auguste, fl. 1830-1860 (Artiste)

Épisodes du ballet des cinq sens. L’amoureux prince résistant à son noble père, refuse la main de la fille d’un persan hongrois, grenadier de la 2me légion de Paris. Duo dansé par une hussarde mâle, imitée de nos ‘housards’ blancs. 1848. Auguste Belin (1821-1890). Lithographe. Source gallica.bnf.fr / BnF

Concours de ballet à l’Opéra de Paris

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, entrer dans le Ballet de l’Opéra de Paris ou progresser dans sa hiérarchie suppose de se soumettre au jugement de maîtres et de responsables de l’institution. Une feuille de vignettes, datée des années 1870-1879, nous fait pénétrer avec une rare vivacité dans l’univers de ces concours.

Devant une table derrière laquelle siègent plusieurs personnages vêtus de noir, danseuses et danseurs exécutent leurs exercices et prennent différentes poses. Les femmes portent le tutu blanc, tandis que les hommes apparaissent en chemise claire et culotte sombre. Chacun doit montrer devant ses juges la qualité de sa technique, de son maintien et de son exécution.

Un détail, aujourd’hui surprenant, attire particulièrement l’attention : un employé parcourt le sol avec un arrosoir. Humidifier légèrement le plancher permet alors de limiter la poussière et surtout de donner davantage d’adhérence au sol, précaution bien nécessaire lorsque les danseurs doivent enchaîner pas, tours et sauts.

Ces concours s’inscrivent dans une longue tradition de sélection et de formation attachée à l’Opéra de Paris. L’École de danse, dont l’origine remonte à 1713 sous le règne de Louis XIV, prépare les jeunes élèves aux exigences professionnelles du ballet. Examens, classements et sélections rythment leur apprentissage avant, pour certains d’entre eux, l’entrée dans la compagnie.

Au-delà de la technique, ces petites scènes révèlent ainsi les coulisses d’un monde fortement hiérarchisé où une carrière pouvait se jouer sous le regard attentif d’un jury. Derrière la grâce offerte au public se cachent déjà des années d’apprentissage, de discipline et… quelques moments de tension devant la table des examinateurs.

Feuille composée de sept vignettes représentant différentes scènes d’un concours de ballet : danseurs devant le jury, exercices et poses chorégraphiques, danseuses seules et employé humidifiant le plancher à l’aide d’un arrosoir.

Images de danse

Gravures, dessins, peintures, photographies ou cartes postales ont conservé la mémoire de la danse et de ses interprètes. Au-delà de leur qualité esthétique, ces images constituent de précieux témoignages sur l’évolution du ballet : costumes, attitudes, décors, gestes et silhouettes des danseurs s’y révèlent au fil des époques. Certaines documentent fidèlement un spectacle ou un artiste, tandis que d’autres offrent une vision plus libre et parfois idéalisée de l’art chorégraphique.

Dans les coulisses, deux danseuses profitent d’un moment de détente pour jouer aux osselets. Gravure d’après une œuvre de Pierre Carrier-Belleuse, 1893. Source : New York Public Library Digital Collections.

Anna Pavlova et Nicolas Legat dans Le Lac des cygnes, au début du XXe siècle. Cette carte postale met en valeur l’élégance du pas de deux et la légèreté qui firent la renommée de la ballerine russe. Édition Hermann Leiser, Berlin.

Natalia Doudinskaïa dans le rôle de Giselle et Konstantin Sergueïev dans celui du comte Albrecht, au Théâtre Kirov de Leningrad, 1956. Ce portrait traduit la tendresse et la dimension dramatique du célèbre ballet romantique d’Adolphe Adam. Photographie de T. Bakman.

Yvette Chauviré dans Le Lac des cygnes, en juin 1950. Saisie sur pointes dans une attitude d’une grande pureté, la danseuse étoile de l’Opéra de Paris incarne toute l’élégance du ballet classique. Photographie dédicacée, National Library of Australia.

Madame Lecomte dans le rôle-titre de La Sylphide, au Park Theatre de New York, le 10 mai 1838. Les ailes, la robe légère et la pose en équilibre traduisent l’idéal aérien du ballet romantique. Lithographie coloriée, artiste inconnu.

Un danseur étoile en costume oriental, acclamé au terme d’une représentation sous le regard des spectateurs d’une loge. Les fleurs et les rubans répandus sur la scène évoquent son triomphe. Artiste et interprète non identifiés.

Ballerines dans les coulisses, attendant leur entrée en scène tandis que le corps de ballet évolue sur le plateau. Une évocation de ces instants suspendus entre concentration, attente et spectacle. Artiste non identifié.

Mademoiselle Auretti, portrait en danse d’Anne — ou peut-être de Janneton — Auretti, dans son imposant costume de scène. Eau-forte et gravure de Gérard Jean-Baptiste Scotin II, publiée à Londres en 1745-1746.

Albert, dans le rôle du prince Ramir, et Émilie Bigottini, dans celui de Cendrillon, dansant le ballet-pantomime Cendrillon, chorégraphié par Albert sur une musique de Fernando Sor. Gravure coloriée de Maleuvre, Paris, 1823. Source : Derra de Moroda Dance Archives, Université de Salzbourg.

La ballerine italienne Maria Bonfanti dans son costume de scène pour The Black Crook, spectacle créé à New York en 1866. Photographie de J. Gurney & Son, vers 1866-1867. Source : Maria Bonfanti Collection, New York Public Library.

Salvatore Taglioni et son épouse, la danseuse Adélaïde Perraud, représentés dans deux attitudes de ballet. Lithographie publiée à l’occasion de leur engagement comme premiers danseurs au Teatro Apollo de Rome, pendant le carnaval de 1834.

Noverre et le ballet d’action

Jean-Georges Noverre et Les Lettres sur la danse et sur les ballets

En 1760, Jean-Georges Noverre publie à Lyon ses célèbres Lettres sur la danse et sur les ballets. Maître de ballet et chorégraphe, il y défend une conception nouvelle du spectacle dansé : le ballet ne doit plus être seulement une succession de pas et de figures, mais devenir capable de raconter une action et d’exprimer les sentiments des personnages.

Noverre accorde ainsi une place essentielle au geste, à l’expression et à la pantomime, mais aussi à la cohérence entre danse, musique, costumes et décors. Ces principes contribuent au développement de ce que l’on appellera le ballet d’action et font de ses Lettres l’un des textes majeurs de l’histoire de la danse au XVIIIe siècle.

Page de titre de l’édition lyonnaise des Lettres sur la danse, et sur les ballets, 1760.