Au XXe siècle, la danse connaît de profondes transformations qui remettent en question les règles héritées du ballet classique. De la danse libre à la danse moderne, puis aux courants expressionnistes, postmodernes et contemporains, les chorégraphes explorent de nouvelles manières de penser le corps, le mouvement et la scène.

Ces courants ne constituent pas des catégories entièrement séparées : ils se succèdent, se croisent et s’influencent. La danse-théâtre, notamment, rapproche encore davantage mouvement, jeu théâtral et représentation.

Danse libre

Apparue à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, la danse libre constitue l’un des grands préludes à la danse moderne. Elle naît d’un désir de s’affranchir des règles strictes du ballet académique, de ses positions codifiées et de ses contraintes techniques.

Des artistes comme Isadora Duncan, Loïe Fuller ou Ruth Saint Denis explorent alors de nouvelles façons de faire vivre le corps sur scène, en privilégiant davantage la liberté du mouvement, l’expression personnelle, le rapport à la musique, à l’espace et parfois aux effets visuels. Cette recherche ouvre progressivement la voie à une conception plus moderne de la danse, dans laquelle le geste ne répond plus seulement à un vocabulaire imposé mais devient aussi un moyen d’expression artistique à part entière.

La danse libre prépare ainsi l’émergence de la ‘modern dance’ et annonce plusieurs des grandes transformations chorégraphiques du XXe siècle.

Isadora Duncan en mouvement, vers les années 1910-1920. Pieds nus et vêtue d’un drapé léger, la danseuse privilégie la liberté du corps et l’expression naturelle du geste, caractéristiques de cette nouvelle conception de la danse qui s’affranchit des règles académiques du ballet.

Expressionnisme / danse expressionniste

Développée principalement dans le monde germanique au début du XXe siècle, la danse expressionniste cherche à faire du mouvement l’expression directe des émotions, des tensions et de la vie intérieure. Elle s’éloigne de l’esthétique et de la virtuosité du ballet classique pour privilégier l’intensité du geste, le poids du corps, les ruptures de mouvement et une utilisation très expressive de l’espace.

Des artistes comme Rudolf Laban, Mary Wigman ou Kurt Jooss jouent un rôle essentiel dans son développement. Leur travail s’inscrit dans les grands bouleversements artistiques et sociaux du début du XXe siècle, lorsque de nombreux créateurs cherchent de nouvelles formes capables d’exprimer les inquiétudes, les émotions et les transformations de leur époque.

La danse expressionniste occupe ainsi une place majeure dans l’histoire de la danse moderne européenne et influencera durablement plusieurs générations de chorégraphes, notamment dans le développement ultérieur de la danse-théâtre.

Mary Wigman dans ‘Hexentanz II’ (‘Danse de la sorcière’), 1926. Par sa posture au sol, son masque et une gestuelle tendue et intériorisée, la chorégraphe allemande donne au mouvement une force expressive qui caractérise l’Ausdruckstanz, ou danse expressionniste.

Danse moderne

Apparue au tournant des XIXe et XXe siècles, la danse moderne naît d’une volonté de s’affranchir des conventions du ballet classique. Les chorégraphes recherchent alors un mouvement plus libre et plus personnel, accordant une place nouvelle à la respiration, au poids du corps, au rapport au sol et à l’expression individuelle.

Au cours du XXe siècle, différentes techniques et écoles se développent, chacune proposant sa propre manière de penser le geste, l’équilibre, l’énergie et la relation entre le corps et l’espace. Des figures comme Martha Graham, Doris Humphrey, José Limón ou Lester Horton jouent un rôle essentiel dans cette évolution.

La danse moderne devient ainsi l’une des grandes sources du renouvellement chorégraphique du XXe siècle. Elle ouvre la voie à de nouvelles recherches qui conduiront notamment à la danse postmoderne puis à de nombreuses formes de danse contemporaine.

Martha Graham et Bertram Ross dans ‘Visionary Recital’, 1961. Photographie de Carl Van Vechten. Par l’intensité des attitudes et l’expressivité des corps, cette image témoigne des recherches qui ont profondément renouvelé la danse moderne au XXe siècle. Library of Congress, Carl Van Vechten Collection.

Danse postmoderne

Apparue aux États-Unis dans les années 1960, la danse postmoderne remet en question les conventions de la danse moderne et, plus largement, la définition même de ce qui peut être considéré comme danse. Les chorégraphes s’intéressent aux gestes ordinaires, à la marche, à la course, à l’improvisation, au hasard et à des mouvements qui ne recherchent plus nécessairement la virtuosité spectaculaire.

Merce Cunningham joue un rôle de transition essentiel, notamment par ses recherches sur l’autonomie du mouvement, de la musique et de l’espace. Dans les années 1960, le Judson Dance Theater à New York devient ensuite un foyer majeur d’expérimentation, avec des artistes comme Trisha Brown, Yvonne Rainer ou Steve Paxton.

La danse postmoderne élargit ainsi considérablement le champ chorégraphique. Elle ouvre la scène à de nouvelles formes, à de nouveaux lieux et à une autre manière de penser le corps, non plus seulement comme instrument de performance, mais comme matière quotidienne, présence et expérience.

Répétition de la Merce Cunningham Dance Company, Paris, 1966. Photographie de Roger Pic. Les recherches de Merce Cunningham sur l’autonomie du mouvement, l’espace et le hasard constituent une étape essentielle entre danse moderne et danse postmoderne. Bibliothèque nationale de France, département des Arts du spectacle.

Danse-théâtre

La danse-théâtre est un courant chorégraphique développé au XXe siècle, particulièrement associé à la tradition allemande du Tanztheater. Elle fait dialoguer étroitement la danse et le langage théâtral : au mouvement peuvent s’ajouter gestes quotidiens, jeu dramatique, personnages, situations scéniques et parfois parole.

Ses origines sont notamment liées au travail de Kurt Jooss, qui cherche dès l’entre-deux-guerres à rapprocher danse et action dramatique. Plus tard, Pina Bausch devient la figure emblématique du Tanztheater et pousse beaucoup plus loin cette rencontre entre chorégraphie et théâtre.

À la différence d’une danse simplement insérée dans une pièce de théâtre ou un opéra, la dimension théâtrale appartient ici pleinement à la création chorégraphique. Corps, gestes, regards, situations et relations entre les interprètes participent ensemble à la construction de l’œuvre.

Kurt Jooss, ‘La Table verte’ (‘Der grüne Tisch’), ballet créé en 1932. Par ses personnages masqués, ses gestes volontairement théâtralisés et sa satire des négociations qui conduisent à la guerre, l’œuvre constitue l’un des exemples fondateurs du rapprochement entre danse et théâtre au XXe siècle.

Nouvelle danse française

Apparue principalement à la fin des années 1970 et au cours des années 1980, la Nouvelle danse française désigne un important mouvement de renouvellement chorégraphique en France. Elle rassemble des artistes aux démarches très différentes, mais qui partagent le désir de sortir des modèles établis et d’inventer de nouvelles relations entre le corps, l’espace, la musique, le théâtre et les arts visuels.

Des chorégraphes comme Dominique Bagouet, Régine Chopinot, Maguy Marin, Jean-Claude Gallotta ou Philippe Decouflé deviennent des figures majeures de cette génération. Leurs créations peuvent mêler abstraction, narration, humour, théâtralité, images scéniques ou références à la vie quotidienne.

La Nouvelle danse française occupe ainsi une place essentielle dans l’histoire chorégraphique française du XXe siècle. Elle contribue fortement à l’essor de la danse contemporaine en France et à la diversification de ses formes.

Maguy Marin, ‘May B’, spectacle du Ballet Théâtre de l’Arche, 1984. Inspirée de l’univers de Samuel Beckett, cette œuvre emblématique mêle danse, gestes quotidiens, personnages et théâtralité. Elle témoigne du profond renouvellement chorégraphique porté par la Nouvelle danse française dans les années 1980. Photographie d’Anna Birgit, Bibliothèque nationale de France, département des Arts du spectacle.

Danse contemporaine

Développée principalement à partir de la seconde moitié du XXe siècle, la danse contemporaine ne correspond pas à une technique unique, mais à un ensemble très large de démarches chorégraphiques. Elle puise librement dans les acquis de la danse moderne, du ballet, des recherches postmodernes et de nombreuses autres pratiques corporelles.

Le corps, le rapport au sol, à l’espace, au temps, aux autres interprètes et parfois au public deviennent des terrains permanents d’expérimentation. Selon les chorégraphes, la danse contemporaine peut être abstraite, narrative, théâtrale, minimaliste, spectaculaire ou au contraire très dépouillée.

Elle constitue ainsi moins un courant fermé qu’un vaste champ de création, capable d’intégrer et de transformer des héritages très différents. C’est pourquoi elle trouve naturellement sa place à la fin de ce chapitre : elle prolonge, croise et renouvelle plusieurs des grandes recherches chorégraphiques du XXe siècle.

Carolyn Carlson au Festival d’Avignon, 1973. Par sa recherche d’un mouvement libre, son attention à l’espace et à l’improvisation, la danseuse et chorégraphe participe au profond renouvellement de la danse contemporaine dans la seconde moitié du XXe siècle. Photographie de Fernand Michaud, Bibliothèque nationale de France.