La Bachata

Née en République dominicaine, la bachata s’affirme comme genre musical et danse de couple au cours des années 1960. Elle puise notamment dans le boléro, le son cubain, le merengue et différentes traditions afro-antillaises. La guitare y- occupe une place essentielle, accompagnée traditionnellement par le bongo, la güira et la basse.

Longtemps associée aux quartiers populaires et aux milieux ruraux, la bachata est d’aborddédaignée par les classes dominantes et peu diffusée par les médias. Ses chansons évoquent fréquemment l’amour, la séparation et la nostalgie, ce qui lui vaut autrefois le nom de ‘música de amargue’, ou ‘musique de l’amertume’.

Dansée en couple, elle se caractérise par des pas courts, un déplacement rythmé et un mouvement marqué des hanches. Devenue internationale à partir de la fin du XXe siècle, elle connaît aujourd’hui plusieurs formes, de la bachata dominicaine traditionnelle aux adaptations modernes. En 2019, la musique et la danse de la- bachata dominicaine ont été inscrites par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

José Manuel Calderón, chanteur et guitariste dominicain considéré comme l’un des pionniers de la bachata, sur une pochette de disque publiée par Patty Records, vers les années 1960. Source : CUNY Dominican Studies Institute Library, Music Collection.

Le Bèlè

Le bèlè, parfois écrit ‘bélé’, est une pratique traditionnelle de la Martinique associant indissociablement la danse, le chant, le tambour et le récit. Il ne désigne donc pas une danse unique, mais tout un ensemble de rythmes et de formes chorégraphiques, parmi lesquelles figurent le bèlè courant, le gran bèlè et le béliya.

Profondément lié à l’histoire des populations afro-descendantes de l’île, le bèlè s’est développé dans les communautés rurales martiniquaises, notamment après l’abolition de l’esclavage en 1848. Il conserve des héritages africains tout en intégrant des influences européennes et créoles, parmi lesquelles certains éléments du quadrille.

Lors d’une ‘swaré bèlè’, le chanteur lance les couplets auxquels répond le chœur. Le tambour bèlè dialogue directement avec les danseurs, tandis que le ‘ti-bwa’, frappé à l’aide de deux baguettes sur le corps du tambour, maintient le rythme. Autrefois associé au travail collectif, à l’entraide et aux réjouissances populaires, le bèlè demeure aujourd’hui une expression vivante de l’identité et de la mémoire martiniquaises.

Danseuse de bèlè en Martinique, accompagnée du tambour bèlè, 2019. Photographie : Nissou.Barst. Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

La Biguine

Apparue dans les Antilles françaises au XIXe siècle, la biguine est issue du métissage entre les rythmes afro-créoles, notamment ceux du bèlè martiniquais et du gwoka guadeloupéen, et certaines danses européennes comme la polka. Son origine précise demeure discutée, mais elle est particulièrement bien attestée à Saint-Pierre, en Martinique, entre l’abolition de l’esclavage en 1848 et l’éruption de la montagne Pelée en 1902.

Dansée en couple, la biguine se caractérise par un rythme vif, syncopé et balancé. Contrairement au bèlè, principalement accompagné par le tambour et le ‘ti-bwa’, elle se développe dans les bals urbains et s’appuie sur de petits orchestres où la clarinette occupe souvent une place centrale, aux côtés du violon, du trombone, de la guitare ou du banjo.

À partir des années 1920, les musiciens antillais introduisent la biguine dans les dancings parisiens. Elle connaît un véritable âge d’or autour de l’Exposition coloniale internationale de 1931, notamment grâce au clarinettiste martiniquais Alexandre Stellio. Devenue l’un des emblèmes de la culture créole, elle exerce ensuite une influence durable sur les musiques et les danses populaires antillaises.

La chanteuse martiniquaise Léona Gabriel, grande interprète de la biguine, avec le banjoïste Henri Boye, probablement dans les années 1930. Photographe inconnu — Wikimedia Commons, licence libre CC0.

Le Boléro cubain

Le boléro cubain naît à Santiago de Cuba dans le dernier quart du XIXe siècle, au sein de la tradition des ‘trovadores’, chanteurs et guitaristes itinérants. Le musicien José ‘Pepe’ Sánchez est généralement considéré comme l’un de ses fondateurs. Sa composition Tristezas, créée vers 1883, est souvent présentée comme le premier boléro cubain connu.

Construit autour de la guitare et de textes consacrés à l’amour, au désir, à la séparation ou à la nostalgie, le boléro accompagne également une danse de couple lente et rapprochée. Son rythme souple et mesuré privilégie l’expression des sentiments plutôt que la virtuosité des figures.

Le boléro cubain ne doit pas être confondu avec le boléro espagnol, danse théâtrale apparue en Espagne au XVIIIe siècle, au rythme plus vif et souvent accompagnée de castagnettes. Depuis Cuba, le nouveau genre se diffuse au Mexique, à Porto Rico et dans toute l’Amérique latine, où il devient l’une des grandes formes de la chanson sentimentale. En 2023, le boléro de Cuba et du Mexique a été inscrit par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

José ‘Pepe’ Sánchez, chanteur, guitariste et compositeur cubain considéré comme l’un des fondateurs du boléro, vers 1900. Photographe inconnu — Wikimedia Commons, domaine public.

Le Cha-cha-cha

Né à Cuba au début des années 1950, le cha-cha-cha est créé par le violoniste et compositeur Enrique Jorrín à partir d’une évolution du danzón et du mambo. Jorrín cherche alors à proposer une musique moins fortement syncopée que le mambo et plus facile à suivre pour les danseurs.

Composée en 1951 puis enregistrée en 1953 par l’Orquesta América, La Engañadora est généralement considérée comme le premier grand succès du cha-cha-cha. Le nom de la nouvelle danse serait une onomatopée reproduisant le bruit des pieds des danseurs lorsqu’ils effectuent trois petits pas glissés successifs sur le sol : ‘cha-cha-cha’.

Dansé en couple, le cha-cha-cha associe des déplacements rapides, un jeu rythmé des jambes et des mouvements souples du bassin. Son caractère vif, enjoué et immédiatement reconnaissable lui assure un immense succès international dès les années 1950. Adopté par les écoles de danse, il devient également l’une des cinq danses latines codifiées pour les compétitions internationales, dans une forme toutefois plus stylisée que le cha-cha-cha cubain d’origine.

Engañadora’, il est considéré comme le créateur du cha-cha-cha. Photographe inconnu — Wikimedia Commons, domaine public.

La Conga

Issue des carnavals cubains, la conga associe musique, danse et défilé collectif. Elle est traditionnellement exécutée par des ‘comparsas’, groupes de quartier réunissant musiciens, chanteurs et danseurs qui parcourent les rues au rythme des percussions. Elle conserve une forte empreinte des cultures africaines introduites à Cuba pendant la période esclavagiste.

La conga se danse généralement en procession. Les participants avancent les uns derrière les autres en suivant une succession de trois pas, puis marquent fortement le quatrième temps par un coup de pied ou un mouvement accentué du corps. Le mot ‘conga’ peut ainsi désigner le rythme, la danse, le défilé et le tambour utilisé pour l’accompagner.

À partir de la fin des années 1930, la conga connaît un grand succès aux États-Unis puis en Europe, portée par les orchestres de Xavier Cugat, les spectacles de Desi Arnaz et les comédies musicales hollywoodiennes. La célèbre ‘file de conga’ devient alors une danse festive accessible à tous, mais cette forme internationale simplifiée ne doit pas faire oublier son origine : les puissantes processions carnavalesques des quartiers cubains.

Une ‘comparsa’ du carnaval de La Havane en 1916. Ces troupes de quartier, réunissant musiciens et danseurs dans des défilés rythmés par les percussions, sont à l’origine de la conga cubaine. Carte postale, photographe inconnu — Wikimedia Commons, domaine public.

La Cumbia

Née sur la côte caraïbe de la Colombie, la cumbia est à la fois une musique et une danse. Elle s’est constituée par la rencontre de plusieurs héritages culturels : les percussions africaines, les flûtes et les maracas autochtones, ainsi que certaines influences européennes. Son accompagnement traditionnel fait notamment entendre les tambours, les ‘gaitas’, la flûte de millo et la guacharaca.

Dans sa forme ancienne, la cumbia est une danse de séduction exécutée en couple, souvent au sein d’un cercle. La femme avance par petits pas glissés en tenant sa jupe et parfois des bougies, tandis que l’homme évolue autour d’elle avec des mouvements plus libres, utilisant son chapeau pour attirer son attention. Les partenaires se rapprochent et s’éloignent généralement sans s’enlacer.

Au cours du XXe siècle, la cumbia s’est diffusée dans toute la Colombie, puis dans une grande partie de l’Amérique latine. Le Mexique, le Pérou, l’Argentine et d’autres pays en ont créé leurs propres styles, parfois enrichis d’accordéon, de cuivres, de guitares électriques ou d’instruments électroniques. Derrière cette grande diversité demeure la cumbia traditionnelle colombienne, profondément enracinée dans les fêtes populaires de la côte caraïbe.

Danseurs de cumbia en Colombie, vers 2009. La femme déploie son ample jupe tandis que l’homme présente le traditionnel ‘sombrero vueltiao’, deux éléments caractéristiques de cette danse de séduction. Photographie : Jdvillalobos — Wikimedia Commons, licence CC BY 3.0.

Le Danzón

Né à Cuba dans la seconde moitié du XIXe siècle, le danzón trouve ses origines dans la contradanza et la danza cubaines. Son apparition comme genre distinct est généralement associée au musicien Miguel Faílde, dont la composition ‘Las Alturas de Simpson’ est interprétée à Matanzas en 1879.

Le danzón est une danse de couple élégante et mesurée. Les danseurs alternent les déplacements précis avec des temps de pause pendant lesquels ils restent immobiles ou se promènent au rythme de l’introduction musicale. Il est traditionnellement accompagné par des orchestres réunissant flûte, violons, piano, contrebasse, timbales et güiro.

Très populaire dans les salons cubains, le danzón se diffuse ensuite dans plusieurs pays, particulièrement au Mexique, où il conserve une place importante dans les bals et les fêtes publiques. Son évolution musicale contribue également à l’apparition du danzonete, du mambo et, plus tard, du cha-cha-cha.

Miguel Faílde (1852-1921), musicien cubain considéré comme l’un des fondateurs du danzón. Sa composition ‘Las Alturas de Simpson’, jouée à Matanzas en 1879, marque la naissance officielle du genre. Photographe inconnu — Wikimedia Commons, domaine public.

Forró, Frevo et Lambada

Originaire du Nordeste du Brésil, le forró désigne à la fois une fête populaire, un ensemble de genres musicaux et une manière de danser. Son histoire est étroitement liée aux fêtes rurales et aux célébrations de juin consacrées notamment à saint Antoine, saint Jean et saint Pierre.

Le forró se danse généralement en couple, dans une position rapprochée. Les partenaires enchaînent des pas simples, des déplacements latéraux et des rotations dont le rythme varie selon la musique. Le baião, le xote, le xaxado et l’arrasta-pé appartiennent aux principales traditions réunies sous le nom de forró. L’accordéon, appelé ‘sanfona’, le zabumba et le triangle forment son accompagnement emblématique.

Popularisé dans tout le Brésil au milieu du XXe siècle, notamment par le chanteur et accordéoniste Luiz Gonzaga, le forró s’est ensuite transformé en donnant naissance à des formes urbaines, universitaires ou électroniques. Ses matrices traditionnelles ont été reconnues comme patrimoine culturel du Brésil en 2021.

Luiz Gonzaga chante et joue de la ‘sanfona’ en 1957. Avec son accordéon et son costume inspiré des traditions du Nordeste, il fut l’un des principaux artisans de la popularisation du forró dans tout le Brésil. Photographe inconnu, fonds ‘Correio da Manhã’ — Archives nationales du Brésil, via Wikimedia Commons, domaine public.

Le Gwoka

Le gwoka est une pratique culturelle emblématique de la Guadeloupe, associant musique, chant et danse. Il s’est constitué pendant la période esclavagiste à partir de traditions principalement africaines, progressivement transformées dans le contexte créole guadeloupéen. Son nom désigne également le tambour ‘ka’, instrument central de cette expression.

Lors des rassemblements populaires appelés ‘léwoz’, les participants forment un cercle autour des musiciens. Un chanteur soliste dialogue avec un chœur tandis qu’un danseur ou une danseuse entre seul dans l’espace central. Ses mouvements, largement improvisés, répondent au tambour ‘makè’, qui accompagne ses gestes, tandis que les tambours ‘boula’ maintiennent le rythme principal. Le gwoka repose traditionnellement sur sept rythmes, chacun possédant un caractère particulier.

Longtemps lié aux travaux agricoles, aux veillées, aux fêtes et aux cérémonies, le gwoka occupe aujourd’hui une place essentielle dans la vie culturelle guadeloupéenne. Il se transmet au sein des familles, des associations et des écoles, tout en inspirant des créations musicales et chorégraphiques contemporaines. En 2014, il a été inscrit par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Une danseuse improvise au centre d’un cercle de gwoka dans les rues de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, en 2020. À gauche, les joueurs de tambours ‘ka’ accompagnent ses mouvements, illustrant le dialogue essentiel entre la danse et le rythme. Photographie : Filo gèn’. Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

La Habanera

La habanera est une danse et une forme musicale apparue à Cuba au cours du XIXe siècle. Issue de la contradanza européenne transformée au contact des cultures musicales cubaines, elle doit son nom à La Havane. D’abord appelée ‘danza’ à Cuba, elle prend le nom de ‘habanera’ lorsqu’elle se diffuse en Espagne et dans le reste de l’Europe.

Dansée en couple, la habanera adopte une allure généralement lente, souple et élégante. Sa principale caractéristique réside dans son rythme binaire et syncopé, immédiatement reconnaissable, qui accompagne des pas mesurés et un balancement régulier du corps. Elle peut être purement instrumentale, mais devient également une forme chantée.

Très populaire dans les salons européens de la seconde moitié du XIXe siècle, la habanera inspire de nombreux compositeurs. La plus célèbre demeure celle de l’opéra ‘Carmen’ de Georges Bizet, créé en 1875. Son rythme exerce également une influence importante sur le danzón cubain, la milonga, le tango argentin et le maxixe brésilien.

‘Danza habanera’, couverture d’une partition mexicaine pour piano arrangée par Luis Barragán, seconde moitié du XIXe siècle. La lithographie représente trois couples exécutant cette danse d’origine cubaine. Œuvre ancienne appartenant au domaine public. Source : collection particulière de Fernando Carrasco Vázquez, reproduite par Musicología Casera

Le Kompa

Le kompa, également écrit ‘konpa’ en créole haïtien ou ‘compas’ en français, est une musique et une danse nées en Haïti au milieu des années 1950. Issu notamment de la méringue haïtienne et nourri d’influences caribéennes, il est codifié et popularisé par le saxophoniste et chef d’orchestre Nemours Jean-Baptiste sous le nom de ‘konpa dirèk’.

Le kompa se danse généralement en couple, dans une position rapprochée. Les partenaires exécutent de petits pas réguliers, accompagnés de déplacements souples, de rotations et d’un balancement marqué des hanches. La musique repose sur une pulsation stable et syncopée, portée par les tambours, les congas, la batterie, la basse et les guitares électriques, auxquelles peuvent s’ajouter claviers, saxophones et trompettes.

Devenu l’un des principaux symboles de la culture haïtienne, le kompa s’est largement diffusé dans les Caraïbes, en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique grâce aux musiciens et à la diaspora haïtienne. Il a également influencé plusieurs courants musicaux antillais. En 2025, le compas d’Haïti a été inscrit par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Les musiciens de l’Ensemble Aux Callebasses, avec Nemours Jean-Baptiste à gauche, vers 1957. Fondé au milieu des années 1950, cet orchestre participa directement à la naissance et à la diffusion du ‘konpa dirèk’ en Haïti.

Le Mambo

Le mambo apparaît à La Havane à la fin des années 1930, dans le prolongement du danzón cubain. Les musiciens Orestes López et Israel ‘Cachao’ López développent alors, au sein de l’orchestre Arcaño y sus Maravillas, une nouvelle section rythmique et syncopée appelée ‘mambo’. Cette innovation mêle les traditions afro-cubaines aux formes orchestrales du danzón.

La danse se caractérise par des pas rapides, des déhanchements, des changements de direction et des mouvements fortement accentués par les syncopes musicales. Les partenaires peuvent danser en position rapprochée ou se séparer pour exécuter des figures individuelles. Les styles chorégraphiques du Mambo se développent et se codifient ensuite dans les clubs de Mexico et de New York.

Dans les années 1940 et 1950, le chef d’orchestre cubain Dámaso Pérez Prado donne au mambo une sonorité puissante, dominée par les cuivres et les percussions, et contribue largement à son succès international. À New York, le Palladium Ballroom devient l’un des principaux lieux de rencontre entre musiciens et danseurs cubains, portoricains, afro-américains et européens. Le Mambo participe ainsi à l’évolution des danses latines modernes et à l’apparition de la salsa.

Sophia Loren et Vittorio De Sica dansant le mambo dans le film Pain, amour, ainsi soit-il, réalisé par Dino Risi en 1955. Cette scène témoigne de l’immense popularité internationale acquise par le mambo au cours des années 1950.

La Maxixe

Apparue à Rio de Janeiro vers 1870, la maxixe est considérée comme l’une des premières danses urbaines du Brésil. Dansée en couple sur un rythme vif et syncopé, elle associe des éléments issus des traditions afro-brésiliennes, notamment du lundu, à des danses européennes comme la polka, auxquelles s’ajoutent des influences de la habanera.

Jugée trop sensuelle par une partie de la société brésilienne, elle fut longtemps tenue à l’écart des salons respectables. Elle connut pourtant un grand succès dans les bals populaires, les fêtes carnavalesques et les théâtres de revue, avant de gagner Paris puis l’Europe au début du XXe siècle.Souvent présentée en France comme un ‘tango brésilien’, la maxixe reste cependant une danse distincte, plus vive et bondissante que le tango argentin. Son rythme et certains de ses mouvements participeront ensuite à la formation des premiers sambas urbains.

Tango au Café Riche. Jack et sa partenaire exécutent une danse enlacée annoncée comme un tango. La mention ‘Maxixe brésilienne’ révèle cependant l’influence de cette danse venue du Brésil, souvent désignée en Europe comme un ‘tango brésilien’. Origine : Georges Redon, Café Riche. Tango dansé par Jack et sa danseuse, affiche lithographique, Paris, 1914. Impression Gaillac-Monrocq & Cie ; atelier Georges Redon, 63 rue Nollet.

Le Merengue

Originaire de la République dominicaine, le merengue apparaît au cours du XIXe siècle, bien que les circonstances exactes de sa naissance restent discutées. D’abord associé aux milieux ruraux et populaires, il se diffuse progressivement dans toutes les couches de la société avant de devenir l’un des principaux symboles culturels du pays.

Le merengue se danse en couple sur un rythme binaire, vif et régulier. Les partenaires exécutent de petits pas continus, accompagnés d’un balancement des hanches, de déplacements circulaires et de figures guidées par les bras. Dans sa forme traditionnelle, appelée ‘merengue típico’, la musique repose principalement sur l’accordéon, la ‘tambora’, tambour à deux peaux, et la ‘güira’, instrument métallique raclé.

Au cours du XXe siècle, le merengue s’enrichit de formations orchestrales réunissant piano, basse, saxophones et cuivres. Il connaît ensuite une importante diffusion dans les Caraïbes, en Amérique latine et aux États-Unis. En 2016, la musique et la danse du merengue dominicain ont été inscrites par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Musiciens dominicains et instruments traditionnels : guayo, pandereta, balcié et accordéon, vers 1944. L’accordéon et les percussions occupent une place essentielle dans l’univers musical du merengue traditionnel. Planche publiée dans J. M. Coopersmith, Music and Musicians of the Dominican Republic, Pan American Union, Washington, 1949. Domaine public.

La Rumba

Née à Cuba au XIXe siècle, principalement dans les communautés afro-cubaines de La Havane et de Matanzas, la rumba associe étroitement percussion, chant et danse. Elle s’est formée à partir de traditions africaines auxquelles se sont mêlés des éléments des cultures antillaises et espagnoles.

La rumba cubaine comprend trois formes principales. Le ‘yambú’, lent et mesuré, se danse seul ou en couple ; le ‘guaguancó’ met en scène un jeu de séduction entre l’homme et la femme ; la ‘columbia’, rapide et virtuose, est traditionnellement une danse masculine en solo. Dans chacune de ces formes, le danseur improvise en dialogue avec les tambours, tandis qu’un chanteur soliste échange avec le chœur.

Au XXe siècle, le mot ‘rumba’ est largement utilisé en Europe et aux États-Unis pour désigner une danse de salon lente, inspirée surtout du son et du boléro cubains. Cette rumba de salon, parfois écrite ‘rhumba’, diffère donc nettement de la rumba traditionnelle cubaine. En 2016, cette dernière a été inscrite par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

La Rumba, Antonio Sánchez Araujo, 1937. Une représentation ancienne de la rumba cubaine réunissant danseurs, musiciens et spectateurs.

La Salsa

Apparue sous ce nom dans la seconde moitié du XXe siècle, la salsa puise ses principales racines dans le son cubain, le mambo, la guaracha, la rumba et d’autres traditions afro-caribéennes. Elle se développe particulièrement à New York durant les années 1960 et 1970, au sein des communautés latino-américaines et notamment portoricaines. Le mot ‘salsa’ rassemble alors des musiques et des pratiques dansées déjà étroitement apparentées.

La salsa se danse le plus souvent en couple, sur une succession de trois pas répartis sur quatre temps. Guidages, changements de place et rotations s’accompagnent de mouvements du bassin et du haut du corps. Les partenaires peuvent également se séparer momentanément pour exécuter des pas individuels appelés ‘shines’. La danse laisse une place importante à l’interprétation personnelle et au dialogue avec la musique.

Sa diffusion internationale donne naissance à plusieurs styles : le ‘casino’ cubain, aux déplacements circulaires ; le style new-yorkais, souvent dansé sur le deuxième temps ; le style de Los Angeles, généralement dansé sur le premier temps ; ou encore la salsa de Cali, reconnaissable à la rapidité de ses jeux de jambes. La salsa constitue ainsi moins une danse unique qu’une grande famille de pratiques musicales et chorégraphiques en constante évolution.

Celia Cruz entourée des musiciens de La Sonora Matancera, à La Havane, dans les années 1950. Cette formation cubaine incarne l’une des principales sources musicales dont émergera la salsa au cours des décennies suivantes. Studio Narcy, photographie probablement réalisée par Ibrahim Arce — Wikimedia Commons, domaine public. Télécharger l’image

La Samba

Issue de traditions afro-brésiliennes, la samba plonge une partie de ses racines dans les pratiques musicales et dansées de Bahia. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ces traditions accompagnent les migrations vers Rio de Janeiro, où elles rencontrent d’autres influences et participent à l’apparition d’une samba urbaine. D’abord marginalisée, celle-ci devient progressivement l’un des grands symboles culturels du Brésil. Le mot ‘samba’ désigne en réalité une vaste famille de musiques et de danses. Dans la ‘samba de roda’ de Bahia, les participants forment un cercle dans lequel les danseurs se succèdent individuellement. La ‘samba no pé’, associée notamment au carnaval de Rio, repose sur des pas rapides exécutés en solo. La ‘samba de gafieira’, développée dans les salles de bal, se pratique en couple et mêle déplacements élégants, rotations et figures parfois acrobatiques. Étroitement liée au carnaval dans l’imaginaire international, la samba ne se limite donc ni aux défilés ni aux costumes spectaculaires. Elle accompagne également les fêtes, les réunions communautaires, les bals et de nombreuses formes de création contemporaine. En 2008, la ‘samba de roda’ du Recôncavo de Bahia a été inscrite par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Le groupe brésilien Os Oito Batutas en 1921. À l’arrière figurent notamment Pixinguinha, à la flûte, et Donga, à la guitare, compositeur auquel est attribué ‘Pelo Telefone’, enregistré en 1917 et traditionnellement considéré comme l’un des premiers grands jalons de la samba. Photographe inconnu. Domaine public.

Le Son cubain

Le son cubain apparaît dans l’est de Cuba au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, notamment dans les régions de Santiago de Cuba et de Guantánamo. Il naît de la rencontre entre des traditions musicales africaines et hispaniques : aux rythmes et aux percussions d’origine africaine s’associent le chant, les mélodies et les instruments à cordes hérités de la culture espagnole.

Dansé en couple, le son se caractérise par des pas mesurés souvent exécutés en contretemps, des déplacements souples et un mouvement élégant du bassin. La musique repose sur la ‘clave’, cellule rythmique fondamentale, et fait notamment entendre le ‘tres’ cubain, la guitare, les bongos, les maracas et la contrebasse. Les premiers ensembles deviennent, dans les années 1920, des sextuors puis des septuors avec l’ajout de la trompette.

Diffusé à La Havane au début du XXe siècle, le son devient l’une des musiques les plus populaires de Cuba avant de conquérir l’étranger grâce aux disques, à la radio et aux tournées des orchestres. Il joue ensuite un rôle essentiel dans le développement du son montuno, du mambo, du cha-cha-cha et de la salsa. En 2025, la pratique du son cubain a été inscrite par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Le Sexteto Habanero en 1920, l’un des ensembles pionniers du son cubain. La photographie montre l’instrumentation ancienne du genre, associant notamment le tres, la guitare, les bongos, les maracas, les claves et la botija. Photographe inconnu. Domaine public.

Le Zouk

Le zouk apparaît à la fin des années 1970 et au début des années 1980 dans les Antilles françaises, principalement en Guadeloupe et en Martinique. Le groupe Kassav’, fondé en 1979, joue un rôle déterminant dans sa création et sa diffusion. Sa musique associe notamment des éléments du gwoka guadeloupéen, du ti-bwa martiniquais, de la biguine, du compas haïtien et de la cadence, enrichis par des instruments électriques et des techniques modernes d’enregistrement.

Dans sa forme initiale, parfois appelée ‘zouk béton’, le zouk possède un tempo rapide, une forte pulsation et une énergie proche de celle du carnaval. Il se danse seul ou en couple, avec des pas courts, des mouvements souples du bassin et un balancement continu du corps. Le ‘zouk love’, apparu ensuite, adopte un rythme plus lent et favorise une danse de couple rapprochée, fluide et sensuelle.

Porté par Kassav’ et par des artistes comme Jocelyne Béroard, Patrick Saint-Éloi ou Jacob Desvarieux, le zouk se diffuse en France métropolitaine, dans la Caraïbe, en Afrique et bien au-delà. Il devient l’une des grandes expressions de la culture créole contemporaine. Il ne faut cependant pas le confondre avec le ‘zouk brésilien’, danse développée à partir de la lambada et pratiquée sur différentes musiques lentes.

Ti-Papa, joueur de tambour ka à Pointe-à-Pitre, vers 1920. Cette photographie évoque le gwoka guadeloupéen, dont les rythmes et les percussions comptent parmi les racines musicales sur lesquelles le zouk s’est construit à la fin des années 1970. Carte postale, édition Phos. Archives départementales de la Guadeloupe, cote 5 FI 93-5.