Les danses régionales et folkloriques constituent un patrimoine d’une extraordinaire diversité. Bourrée, gavotte bretonne, farandole, sardane, tarentelle, csárdás, hora, hopak ou dabké : chacune est liée à un territoire, à une communauté et à des occasions particulières, comme les fêtes, les mariages ou les rassemblements populaires. Transmises de génération en génération, ces danses voyagent, se rencontrent et se transforment avec les pratiques sociales. Loin d’être immuables, elles témoignent de la richesse des cultures populaires et de la manière dont chaque peuple exprime, par le mouvement, son histoire et son identité.
La Bourrée traditionnelle d’Auvergne ou du Berry
Danse emblématique du Massif central et du Berry, la bourrée traditionnelle se pratique en couple ou en groupe, selon des formes qui varient d’un territoire à l’autre. À deux ou à trois temps, elle associe déplacements rythmés, croisements, tours et jeux entre les danseurs. Transmise lors des fêtes et des rassemblements populaires, elle ne doit pas être confondue avec la bourrée stylisée qui entra dans les bals et les spectacles de cour aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Bourrée d’Auvergne, carte postale ancienne, début du XXe siècle. Les danseurs en costumes régionaux évoluent autour d’un joueur de vielle, instrument traditionnellement associé à la bourrée. Source : revue In Situ, ‘La bourrée et ses mythes’.

‘La Bourrée au Berry’, carte postale ancienne de la série Les Chansons de Jean Rameau illustrées, début du XXe siècle. Danseurs et musiciens en costumes régionaux évoquent le caractère collectif et festif de la bourrée berrichonne. Source : Cartorum.

‘Bourrée bourbonnaise’, lithographie en couleurs de Charles Bour, XIXe siècle, imprimée à Paris par l’Imprimerie Lemercier. Danseurs et musiciens réunis dans un cadre rural illustrent le caractère collectif et festif de cette tradition populaire du Bourbonnais. Source : Proantic, collection FineArtsFrance.
Note : À ne pas confondre : la bourrée traditionnelle d’Auvergne ou du Berry désigne des pratiques populaires régionales, transmises sous des formes diverses et encore dansées aujourd’hui. La bourrée de cour est une adaptation stylisée et codifiée, généralement à deux temps, introduite dans les bals, les spectacles et les suites musicales des XVIIe et XVIIIe siècles. Elles portent le même nom, mais ne correspondent ni aux mêmes usages ni toujours au même rythme.
Branles populaires régionaux
Pratiqués en chaîne ou en cercle, les branles populaires régionaux rassemblent les danseurs par des pas latéraux, des balancements et des déplacements collectifs. Leur rythme, leurs figures et leur manière de se tenir varient selon les territoires et les usages locaux. Liés aux fêtes et aux rassemblements communautaires, ils se distinguent des branles codifiés et stylisés qui occupèrent une place importante dans les bals de la Renaissance.

‘Une noce près de Quimper’, lithographie de François Hippolyte Lalaisse, XIXe siècle. Des villageois bretons en costumes régionaux dansent en cercle au son de la cornemuse et de la flûte, illustrant la dimension collective et festive des danses populaires. Source : Wellcome Collection.

‘Danse en branle. Le Printemps’, école française, vers 1700, d’après Claudine Bouzonnet Stella. Les danseurs, réunis en cercle autour d’un musicien, se tiennent par la main et avancent au même rythme, selon le principe collectif du branle. Source : Maison de ventes Rouillac.
Note : À ne pas confondre : les branles populaires régionaux sont des danses collectives transmises localement, en chaîne ou en ronde, dont les pas varient selon les territoires. Le branle de cour appartient au répertoire codifié des bals de la Renaissance, notamment décrit par Thoinot Arbeau dans son Orchésographie, publiée en 1589. Il reprend le principe du déplacement latéral collectif, mais dans une forme ordonnée selon les usages de cour.
La csárdás
La csárdás est une danse hongroise en couple qui connaît un grand succès au XIXe siècle avant de se diffuser dans une partie de l’Europe centrale. Elle se caractérise généralement par l’alternance d’une section lente et expressive, le lassú, et d’une partie de plus en plus rapide et entraînante, le friss. Portée par ses accélérations, ses tours et ses frappes de pieds, elle est devenue l’une des expressions les plus célèbres de la culture dansée hongroise.

‘Csárdás, danse populaire hongroise’, gravure publiée en 1892 dans le Popular Science Monthly. Les couples en costumes traditionnels et la vivacité de leurs mouvements évoquent le caractère progressivement entraînant de la danse. Auteur inconnu. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

‘Csárdás’, carte postale en couleurs publiée en 1904 par Brück & Sohn, à Meissen. Un couple danse devant les musiciens dans un décor champêtre, selon une représentation pittoresque de la tradition hongroise. Source : Wikimedia Commons, licence CC0.
Le dabké
Le dabké est une danse collective traditionnelle du Levant, particulièrement présente au Liban, en Palestine, en Syrie et en Jordanie. Les danseurs, disposés en ligne ou en demi-cercle et reliés par les mains ou les épaules, exécutent ensemble des pas rythmés et de puissantes frappes de pieds. Pratiqué lors des mariages, des fêtes et des rassemblements, le dabké possède de nombreuses variantes et demeure une expression vivante de l’identité et de la cohésion communautaires.

Dabké dansé par des paysans lors d’un mariage bédouin près de Beersheba, dans le Néguev, le 1er avril 1933. La disposition en ligne et les mouvements exécutés à l’unisson illustrent le caractère collectif de cette danse. Photographie de Zoltan Kluger. Source : National Photo Collection of Israel, Wikimedia Commons.

Dabké libanais, vers 1910. De jeunes hommes reliés par les mains exécutent ensemble les pas rythmés de cette danse traditionnelle du Levant. Photographe non identifié ; datation approximative. Source : Lebanese Photo Bank et Ajdad Al Arab.
La farandole
Dans cette composition attribuée aux années 1920, la farandole a quitté les fêtes provençales pour gagner l’univers élégant et turbulent des Années folles. Hommes en habit, femmes aux robes légères, serpentins, cotillons et bouteille de champagne composent une fête mondaine saisie en plein mouvement.
Les danseurs se tiennent par la main, mais leur chaîne paraît presque s’affranchir de la pesanteur. Les corps bondissent, se croisent et tournent sur un fond rouge éclatant, tandis que les rubans prolongent leurs gestes et accentuent l’impression de tourbillon.
Albert Guillaume, connu pour ses caricatures de la société parisienne, ne représente donc pas ici une farandole provençale traditionnelle. Il utilise plutôt son principe essentiel — une chaîne humaine entraînée dans un même élan — pour évoquer l’exubérance d’une fête moderne.
L’image montre ainsi comment le mot ‘farandole’ a dépassé le cadre d’une danse régionale pour désigner, dans l’imaginaire collectif, une succession joyeuse et parfois désordonnée de personnages emportés par le mouvement.

Albert Guillaume (1873-1942), ‘La Farandole’, gouache attribuée aux années 1920. Sur un fond rouge éclatant, danseurs en tenue de soirée, serpentins et cotillons transforment la chaîne traditionnelle en tourbillon mondain, dans l’esprit festif des Années folles. Source : Artnet.
La gavotte bretonne
La gavotte bretonne ne désigne pas une danse unique, mais une famille de danses traditionnelles dont les formes varient selon les territoires de Bretagne. Généralement pratiquée en chaîne ou en ronde, elle associe déplacements collectifs, pas rythmés et balancements, accompagnés par des instruments ou par le chant. Toujours présente dans les festoù-noz, elle se distingue de la gavotte stylisée qui fut dansée dans les cours européennes aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Théophile-Louis Deyrolle (1844-1923), ‘Gavotte bretonne’, gravure publiée en 1897 dans Die Gartenlaube. Danseurs en costumes régionaux et musiciens réunis lors d’une fête illustrent le caractère collectif et populaire de la gavotte bretonne. Source : Google Arts & Culture.
Note : À ne pas confondre : la gavotte bretonne désigne une famille de danses traditionnelles pratiquées en chaîne ou en ronde, avec de nombreuses variantes locales. La gavotte de cour est une danse stylisée, généralement à deux temps, très présente dans les bals et la musique baroque des XVIIe et XVIIIe siècles. Malgré leur nom commun, la gavotte bretonne actuelle ne doit pas être présentée comme la simple survivance de la gavotte de cour.
Le hopak
Le hopak est l’une des danses traditionnelles les plus célèbres d’Ukraine. Son nom vient du verbe ukrainien hopaty, qui signifie ‘sauter’, et rappelle les bonds, les tours rapides et les figures acrobatiques qui la caractérisent. Associé à la tradition cosaque, le hopak alterne virtuosité, improvisation et mouvements collectifs ; ses formes scéniques réunissent aujourd’hui danseuses et danseurs dans une chorégraphie spectaculaire.

Ilia Répine, Hopak, 1927-1930. Des Cosaques zaporogues exécutent avec fougue cette danse traditionnelle ukrainienne autour d’un feu. Commencée à la fin de la vie du peintre, l’œuvre demeura inachevée à sa mort. Huile sur linoléum, collection particulière. Image appartenant au domaine public.
La hora
La hora est une famille de danses collectives particulièrement présente en Roumanie et en Moldavie, ainsi que dans plusieurs régions des Balkans. Les participants se tiennent par la main ou par les épaules et forment un cercle, ouvert ou fermé, qui avance au rythme de pas latéraux répétés. Dansée lors des fêtes, des mariages et des rassemblements populaires, elle symbolise la cohésion du groupe et possède de nombreuses variantes régionales.

Theodor Aman, Hora à Aninoasa, 1890. Hommes et femmes, vêtus de costumes traditionnels roumains, se tiennent par la main pour former la ronde caractéristique de la hora. La scène évoque la dimension collective et festive de cette danse populaire. Image appartenant au domaine public.
La jota
La jota est une danse traditionnelle espagnole particulièrement associée à l’Aragon, bien qu’elle possède de nombreuses variantes régionales. Dansée en couple, elle se caractérise par un rythme vif, des pas sautés, des tours et des mouvements de bras souvent accompagnés de castagnettes. Soutenue par le chant et par des instruments comme la guitare ou la bandurria, elle occupe une place importante dans les fêtes et les traditions populaires espagnoles.

GustaveDoré, La Jota aragonaise, 1874. Au centre d’une assemblée populaire, un couple danse face à face, les bras levés et les castagnettes à la main. Cette illustration, publiée dans L’Espagne du baron Charles Davillier, restitue l’allure vive et festive de la célèbre danse d’Aragon. Bibliothèque d e l’Université de Séville, licence CC BY 2.0.
Le kolo
Le kolo est une famille de danses collectives très répandue dans les Balkans, notamment en Serbie, en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et au Monténégro. Les danseurs se tiennent par la main, la taille ou les épaules et évoluent en cercle ou en chaîne, au rythme de pas qui varient selon les régions. Dansé lors des fêtes, des mariages et des rassemblements populaires, le kolo exprime avant tout l’unité et la cohésion de la communauté.

Kolo en Bosnie, vers 1890-1900. Vêtus de costumes traditionnels, hommes et femmes se tiennent par la main et forment la chaîne circulaire caractéristique du kolo. La présence des musiciens et des spectateurs rappelle la dimension collective et festive de cette danse balkanique. Épreuve de la Photochrom Print Collection, Bibliothèque du Congrès, Washington.
La polonaise
La polonaise est une danse processionnelle d’origine polonaise, exécutée en couples sur un rythme ternaire modéré et solennel. Conduits par le premier couple, les danseurs avancent en cortège et dessinent différentes figures dans l’espace. Adoptée par la noblesse puis diffusée dans les cours européennes, elle est également devenue une forme musicale majeure, illustrée notamment par les œuvres de Frédéric Chopin.

Teofil Kwiatkowski, Polonaise de Chopin - Un bal à l’Hôtel Lambert à Paris, vers 1859. À droite, Frédéric Chopin joue au piano tandis que les invités avancent en cortège dans les salons de l’Hôtel Lambert. L’œuvre associe l’élégance processionnelle de la polonaise à sa dimension musicale et au souvenir de la patrie entretenu par les exilés polonais à Paris. Aquarelle et gouache sur papier, Musée national de Poznań. Domaine public.
Le reel et la jig
Le reel et la jig comptent parmi les formes les plus emblématiques des traditions dansées et musicales d’Irlande et d’Écosse. Le reel adopte généralement un rythme régulier et rapide, tandis que la jig se reconnaît à son mouvement ternaire, plus bondissant. Dansés seuls, en couple ou en groupe selon les traditions, ils associent pas rapides, sauts et figures collectives et occupent toujours une place importante dans les fêtes et les rassemblements populaires.

David Allan, Une danse des Highlands, vers 1780. Au son des musiciens installés sur la droite, trois danseurs exécutent leurs pas devant une assemblée villageoise, dans un paysage écossais. Cette scène pleine de mouvement évoque l’univers populaire et musical des reels traditionnels, sans toutefois représenter une chorégraphie précisément identifiée. Aquarelle sur dessin au crayon, Scottish National Gallery, Édimbourg. Domaine public
La sardane
La sardane est une danse collective emblématique de la Catalogne. Les participants forment un cercle, se tiennent par la main, les bras levés, et exécutent une succession précise de pas courts et de pas longs. Traditionnellement accompagnée par la cobla, un ensemble instrumental catalan, elle est pratiquée lors des fêtes et des rassemblements et constitue un puissant symbole d’identité et de solidarité.

Xavier Nogués, Sardana, 1907. Des danseurs catalans se donnent la main et forment plusieurs rondes dans un paysage rural, illustrant le caractère collectif de la sardane. Huile sur carton, 37 × 46 cm, Museu Nacional d’Art de Catalunya, Barcelone. Domaine public.
Le Schuhplattler
Le Schuhplattler est une danse traditionnelle des régions alpines de Bavière et du Tyrol. Les danseurs exécutent des pas, des sauts et des tours tout en frappant en rythme leurs cuisses, leurs genoux et les semelles de leurs chaussures. Autrefois associé aux danses de séduction, il est aujourd’hui pratiqué par de nombreux groupes folkloriques et demeure l’une des expressions les plus spectaculaires des traditions populaires alpines.

Schuhplattler-Tanz, carte postale allemande, vers 1901. Dans un intérieur bavarois, deux hommes exécutent les pas énergiques du Schuhplattler, tandis que leurs partenaires les accompagnent et qu’un musicien joue de la guitare. Les costumes régionaux et les mouvements des danseurs évoquent le caractère populaire et festif de cette tradition alpine. Auteur inconnu. Domaine public.
La tarentelle
Originaire du sud de l’Italie, la tarentelle désigne une famille de danses populaires rapides, généralement caractérisées par un mouvement vif et entraînant. Son histoire a longtemps été associée au tarentisme, phénomène selon lequel la danse aurait permis de guérir les personnes supposément victimes de la morsure d’une tarentule. Au-delà de cette tradition légendaire et rituelle, différentes formes de tarentelle se développent dans plusieurs régions italiennes et gagnent également la scène et la musique savante.

Giorgio Sommer, Napoli Tarantella, vers 1870. Dans une mise en scène évoquant la vie populaire napolitaine, un couple danse la tarentelle au son de la guitare et du tambourin, entouré de spectateurs. Tirage photographique sur papier albuminé, 19,7 × 25 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Domaine public.