Histoire des bals montés et des parquets de danse
Un bal itinérant, également appelé « bal monté », « bal-parquet » ou, selon les régions, « parquet-salon », est une salle de danse démontable que son exploitant transporte et installe d’une commune à l’autre. Le mot « bal » désigne alors à la fois la soirée et le bâtiment provisoire qui l’accueille. Pendant quelques jours, une place ou un terrain devient un lieu de rendez-vous, avant que l’ensemble soit démonté et reprenne la route.
Le parquet constitue le cœur de l’installation. Autour de cette piste s’assemblent des panneaux, parfois vitrés, puis une charpente légère et une couverture de toile. Les modèles varient : certains ressemblent à de petits pavillons en bois ; d’autres prennent les dimensions d’un dancing, avec une ossature métallique et une façade très décorée. Une fois les musiciens et le public installés, cette construction provisoire remplit la fonction d’une salle de fêtes

Le Luxor, dancing démontable construit en 1960 pour les frères Ghérardi, dans l’Ain. Photographie non datée publiée par Le Progrès.
Dans l’entre-deux-guerres, puis après 1945, ces établissements occupent une place importante dans les loisirs ruraux. Ils accompagnent notamment les fêtes patronales. Leur développement répond à une demande de lieux où se réunir et danser à l’abri. Un exemple en témoigne : en 1946, l’entrepreneur A. Rabié, établi à Sougé, dans l’Indre, fait construire le Modern Dancing. Ce bal-parquet en bois, pourvu de vitrages colorés, deviendra bien plus tard le Baltring Théâtre.
Les tournées s’organisent autour des communes et de leurs fêtes. Dans le Morvan, les frères Maimon fabriquent leur propre bal-parquet dans les années 1950-1960 et le déplacent de village en village. Ailleurs, les établissements suivent leurs circuits, parfois aux côtés des manèges d’une fête foraine, parfois seuls. Chacun possède son nom, son apparence et ses habitués. Le public peut ainsi retrouver une même salle de danse à plusieurs étapes de sa tournée.

Le Guinch’, dans la série consacrée aux bals montés de l’Est de la France par Joffrey Pleignet, entre 1992 et 1994. © Joffrey Pleignet.
Derrière la soirée se cache un travail considérable. Il faut transporter le matériel, monter la structure et le plancher, installer l’éclairage et les équipements musicaux, puis tout ranger après la fête. Un témoignage recueilli en Bourgogne décrit des exploitants qui se nomment entre eux les « balistes ». Le savoir-faire se transmet aussi par les gestes : à Anost, les personnes chargées de conserver le bal-parquet Maimon ont appris son montage et son démontage auprès des deux frères.
À partir des années 1960, certains bals changent d’allure. En Haute-Saône, Daniel Philipponet commence à concevoir des structures métalliques démontables en 1963. L’année suivante, il inaugure L’Eden, une salle de 28 mètres sur 14. Dans le témoignage qu’il livre à L’Est Républicain en 2022, le constructeur raconte les transformations successives de ses établissements : jeux de lumière, décors et équipements renouvelés pour attirer les nouvelles générations. Le bal monté évolue ainsi vers la discothèque ambulante.
Il serait donc trompeur de donner une seule date de disparition à tous ces établissements. Alors que de nombreux anciens bals-parquets déclinent, des dancings itinérants poursuivent leur activité. Entre 1992 et 1994, le photographe Joffrey Pleignet en documente dans la Haute-Saône, le Doubs et le Jura. Il observe des salles installées sur des parkings ou des terrains à la périphérie des villages, reconnaissables à leur façade et à leur disc-jockey. Les habitués suivent leur établissement préféré et consultent la presse régionale pour connaître son prochain emplacement.

Le bal-parquet Maimon à Anost, dans le Morvan : panneaux de bois, charpente et couverture de toile.
Plusieurs de ces constructions sont désormais conservées. À Ruages, dans la Nièvre, un bal-parquet construit en 1955 a cessé de voyager et s’est fixé dans le village. À Anost, la Maison du Patrimoine Oral de Bourgogne prend soin du bal-parquet Maimon depuis 2008. Quant à l’ancien Modern Dancing de 1946, devenu Baltring Théâtre, il a été inscrit au titre des monuments historiques le 21 juin 2007. Leur sauvegarde conserve à la fois des salles de spectacle démontables et le souvenir du travail de celles et ceux qui les faisaient circuler.
Références : Christian Barbier, « Bal parquet, Chauvigny », dans Patrimoine mobilier — 10 ans de protection et de restauration en Poitou-Charentes, DRAC Poitou-Charentes, décembre 2011, p. 27. Ministère de la Culture, base Palissy, notice PM86001271, « Baltring Théâtre », mise à jour du 17 avril 2026. Joffrey Pleignet, Bals montés dans l’Est de la France 1992/1994, texte d’octobre 1994, reproduit par le Bureau Sabrina Ponti. Édouard Choulet, entretien avec Daniel Philipponet, L’Est Républicain, 20 décembre 2022. Fondation du patrimoine, dossiers « Bal-parquet Maimon à Anost » et « Bal Parquet de Ruages en Nièvre », consultés en octobre 2026.. Y.-P. Laplume, « Bals parquet, bals montés », Auxois Morvan Magazine, mai 2016, p. 22 ; Maison Langlois, « Notre histoire », pour l’appellation parquet-salon.