La Réserve de Nice : une curiosité sur la mer
À la fin du XIXe siècle, Nice devient l’une des grandes destinations de villégiature de la Riviera. Casinos, établissements de bains et restaurants panoramiques se développent pour accueillir une clientèle venue profiter du climat et des plaisirs de la Méditerranée.
Installée directement au bord de la mer, La Réserve compte parmi ces lieux singuliers. Restaurant, promenade et lieu de divertissement, elle offre terrasses et belvédères dominant les flots.
Une affiche de 1892 la présente comme ‘La Réserve de Nice – Grand Restaurant – Attractions – Une curiosité sur la mer’. Le terme ‘attractions’ laisse deviner une volonté d’offrir davantage qu’un simple repas, même si les documents ne permettent pas d’en préciser exactement la nature.
Avec son architecture pittoresque et sa situation spectaculaire sur les rochers, La Réserve illustre parfaitement ces lieux de loisirs atypiques qui participent à l’image mondaine et festive de la Côte d’Azur à la Belle Époque.

1892 – La Réserve de Nice, grand restaurant, attractions. Une curiosité sur la mer. Affiche, Bibliothèque nationale de France – Gallica.
Le Palais de l’Industrie transformé en salle de spectacle
Construit pour l’Exposition universelle de 1855 sur les Champs-Élysées, le Palais de l’Industrie n’était pas destiné au spectacle. Pourtant, grâce à ses dimensions exceptionnelles, cet immense édifice de fer, de verre et de pierre fut régulièrement transformé pour accueillir des manifestations artistiques grandioses.
L’un des exemples les plus spectaculaires se déroule en 1889, lors du centenaire de la Révolution française. Pour l’exécution de l’Ode triomphale d’Augusta Holmès, la vaste nef est métamorphosée en un véritable théâtre monumental. Une scène gigantesque est installée, capable d’accueillir près de 1 200 exécutants – musiciens et choristes – sous l’immense verrière du palais.
Les illustrations de l’époque montrent l’ampleur de cette transformation. Là où se tenaient habituellement expositions industrielles et démonstrations techniques apparaissent gradins, décors, orchestre et scène monumentale. Pendant quelques jours, le Palais de l’Industrie devient ainsi l’une des plus grandes salles de spectacle de Paris.
Cette capacité à transformer un lieu d’exposition en espace de représentation illustre parfaitement l’inventivité du XIXe siècle, où les frontières entre architecture, industrie et spectacle étaient souvent repoussées.

Vue du Palais de l’Industrie sur les Champs-Élysées. Deroy, peintre. Source : Gallica / BnF

Affiche de l’Union franco-américaine (1776-1876) présentée au Palais de l’Industrie. Jules Chéret, illustrateur. Source : Gallica / BnF.

Exécution de l’Ode triomphale d’Augusta Holmès au Palais de l’Industrie, lors de l’Exposition universelle de 1889. Lavialle de Lameillère, peinture, 1890. Musée Carnavalet – Histoire de Paris.

Le même événement vu par la presse illustrée : Paris. Le Palais de l’Industrie transformé en théâtre pour l’exécution de l’Ode triomphale (Triomphe de la République), 1889. Henri Auguste Dochy, graveur ; Louis Tinayre et Guillod, dessinateurs. Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
La Tour de Solferino
La Tour de Solferino : Paris à vol d’oiseau
Élevée sur les hauteurs de Montmartre vers 1859, la Tour de Solferino offre aux Parisiens et aux visiteurs une attraction alors particulièrement spectaculaire : contempler la capitale ‘à vol d’oiseau’. Du sommet, et grâce à un télescope, le public peut observer Paris et ses monuments depuis un point de vue exceptionnel.
Mais la tour n’est pas seulement un belvédère. Autour d’elle se développe un véritable lieu de divertissement : café-restaurant, cabinets de curiosités, concerts, bals et spectacles accompagnent la visite. Montmartre commence ainsi à affirmer cette vocation de promenade et de loisirs qui deviendra bientôt inséparable de son histoire.
Bien avant la tour Eiffel, la Tour de Solferino proposait donc déjà aux visiteurs de prendre de la hauteur sur Paris… tout en profitant du spectacle.

Vers 1859-1870 – Buttes Montmartre. Tour de Solferino. Vue de Paris à vol d’oiseau. Lévis, dessinateur ; Imprimerie Veuve Royer, imprimeur. Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
Résumé du texte en bas de l’image :
Le texte est une longue description promotionnelle. En voici l’essentiel : La tour est présentée comme une construction remarquable, élevée par M. Franconi (fils) Elle permet d’accéder à une hauteur d’environ 200 mètres au-dessus du niveau de Paris. Grâce à un télescope, les visiteurs peuvent observer Paris et ses monuments. L’ensemble est accompagné d’attractions, concerts, bals et spectacles. Il est mentionné : Grand café-restaurant. Cabinets de curiosités. Spectacles variés. Possibilité de bal en soirée. On évoque aussi un système mécanique (“appareil Chabert” ou similaire) installé par un ingénieur
Une adresse apparaît : 20, rue Chapon (Paris)
Villerville. Le théâtre de la baleine
1893–1895 : Villerville – Le théâtre de la baleine
Le 21 octobre 1893, un jeune cétacé d’environ 10,5 mètres s’échoue à Cricquebœuf, sur la côte normande. L’animal ne survit pas, mais son histoire ne fait que commencer. Simon Max, chanteur lyrique et directeur du casino de Villerville, rachète la dépouille pour 400 francs et imagine d’en faire une attraction pour le moins inhabituelle.
Après avoir été préparée par un taxidermiste parisien, la baleine est artificiellement allongée jusqu’à près de 17 mètres. En 1894, elle est installée devant le casino de Villerville et son immense carcasse abrite une véritable petite salle pouvant accueillir environ 80 à 100 spectateurs. Le public entre donc littéralement… dans la baleine.
À la fois musée et théâtre, cette étonnante attraction présente des poissons naturalisés et des coquillages, mais également des spectacles : théâtre d’ombres, tableaux vivants, chansons, cabaret et Guignol. Simon Max lui-même y interprète certaines de ses compositions, notamment Les deux Jonas et Allons dans la baleine.
Le succès dépasse bientôt Villerville. La baleine est transportée à Trouville-sur-Mer, puis gagne Paris, où elle est présentée au Casino de Paris à la fin de l’année 1894. Sa singulière carrière s’achève brutalement dans la nuit du 25 au 26 février 1895 : elle disparaît dans l’incendie du Casino de Paris.
Pendant quelques mois seulement, une baleine échouée sur une plage normande aura ainsi connu une seconde existence des plus improbables : celle d’un musée et d’une salle de spectacle. Une curiosité qui mérite assurément sa place parmi les lieux les plus atypiques de l’histoire du théâtre.

1893 – La baleine échouée à Cricquebœuf le 21 octobre 1893, avant sa transformation en théâtre et musée.

1894 – Affiche du Théâtre Baleine du Casino de Villerville, sous la direction de Simon Max.

1893-1894 – Théâtre et musée de la baleine de Villerville – Jonas-Revue, attraction imaginée par Simon Max.