Le Théâtre des Bonhommes Guillaume

Quand les caricatures prennent vie à l’Exposition universelle de 1900

À l’Exposition universelle de Paris de 1900, les visiteurs ne viennent pas seulement admirer les progrès de l’industrie et les pavillons des nations. Les organisateurs ont également prévu de nombreux divertissements. Dans la Rue de Paris, aménagée cours la Reine, s’installe ainsi un petit théâtre particulièrement original : le Théâtre des Bonhommes Guillaume. Les documents de l’époque le présentent précisément comme l’une de ces attractions destinées à délasser les visiteurs après les grandes merveilles de l’Exposition.

Son créateur est Albert Guillaume (1873-1942), dessinateur et caricaturiste qui observe avec malice la société de la Belle Époque. Son idée est aussi simple qu’ingénieuse : faire sortir ses personnages du papier et leur donner vie sur une scène.

Le théâtre lui-même participe au spectacle. Une description publiée en 1900 indique une façade d’inspiration Louis XV, ornée de masques lumineux et surtout d’une longue frise peinte par Albert Guillaume, véritable défilé de types parisiens. La petite salle ne compte que 168 fauteuils et l’ouverture de scène environ trois mètres : tout est conçu à l’échelle de ce monde miniature.

Sur scène apparaissent les fameux ‘bonshommes’. Leurs têtes sont sculptées en bois d’après les dessins de Guillaume ; perruques et barbes sont confectionnées comme au théâtre, tandis que costumes, étoffes et accessoires sont réalisés avec un soin remarquable.

Mais derrière ces petits personnages se cache une véritable machinerie théâtrale. Les sources de 1900 expliquent qu’ils combinent différents principes de manipulation des marionnettes. Les changements de décor reposent notamment sur un plateau tournant : un quart de tour suffit pour faire apparaître un nouveau tableau. Une autre documentation conservée avec vos images évoque des personnages d’environ 50 cm et un monte-charge permettant de les retirer et de les remplacer entre les tableaux.

Le programme joue naturellement avec l’univers d’Albert Guillaume : saynètes parisiennes, défilés militaires, ballons, automobiles, cortège et bal des Quat’z’Arts… L’affiche va jusqu’à annoncer, avec une publicité pour le moins spectaculaire, ‘20 000 marionnettes artistiques’. Le Musée Carnavalet conserve lui aussi un exemplaire de cette affiche et confirme son attribution à Albert Guillaume et au lithographe V. Guillet.

Le Théâtre des Bonhommes Guillaume constitue ainsi l’un de ces délicieux spectacles de l’Exposition de 1900 où se rencontrent caricature, marionnette et machinerie théâtrale. Un petit Paris animé dans le grand Paris de l’Exposition : les personnages croqués sur le papier étaient, pour quelques instants, devenus acteurs.

Exposition de 1900. Théâtre des Bonshommes Guillaume : 20 000 marionnettes artistiques…, matinées réservées aux familles, affiche d’Albert Guillaume, lithographie de V. Guillet, imprimerie Paul Dupont, 1900. BnF-Gallica.

Couverture du livret Au Théâtre des Bonshommes Guillaume, publié à l’occasion de l’Expositionuniverselle de 1900, H. Simonis Empis éditeur.

Le Théâtre des Bonhommes Guillaume dans la Rue de Paris. Le document identifie, parmi les visiteurs visibles à droite, le roi des Belges Léopold II. L’Exposition Universelle – Le Panorama, n° 18.

Entrée du Théâtre des Bonhommes Guillaume pendant l’Exposition de 1900. La grande frise de personnages dessinés par Albert Guillaume court au-dessus de la façade.

Exposition Universelle de 1900 – Théâtre des Bonhommes Guillaume (La Frise), carte postale illustrée. Musée Carnavalet – Histoire de Paris, inv. 2022.0.1141.

Portrait d’Albert Guillaume (1873-1942) par Nadar. Le dessinateur obtient une médaille de bronze à l’Exposition universelle de 1900.

Frises de personnages du Théâtre des Bonhommes Guillaume : galerie de types de la société parisienne de la Belle Époque dessinés par Albert Guillaume. La danseuse, le bourgeois, le militaire, le garçon de café, le marchand de journaux et bien d’autres personnages composent cette foule caricaturale qui constituait en quelque sorte un avant-goût du spectacle. Le Musée Carnavalet décrit également sur l’affiche ces différents ‘personnages typiques’ croqués par Guillaume.