À la fin du XIXe siècle, certains spectacles échappent aux formes traditionnelles du théâtre. Illusions, attractions, décors spectaculaires, jeux de lumière et prouesses techniques transforment peu à peu la manière de surprendre le public.
Dans ces lieux singuliers, on ne vient plus seulement assister à une représentation : on vient aussi voir l’extraordinaire, éprouver une sensation ou entrer dans un univers. Miroirs, panoramas, machineries, électricité et inventions nouvelles participent pleinement au spectacle.
Souvent liés aux fêtes, aux expositions ou aux lieux de divertissement, ces établissements brouillent ainsi les frontières entre théâtre, attraction et expérience immersive. Bien avant l’apparition du terme, ils inventent déjà une autre façon de faire spectacle : placer le spectateur au cœur de l’émerveillement.
Grand Théâtre Salon Ed. MARCKETTI
Le Grand Théâtre Salon Ed. Marcketti
En 1881, une spectaculaire affiche annonce les représentations du Grand Théâtre Salon Ed. Marcketti. L’établissement appartient à cet univers de la fin du XIXe siècle où théâtre, music-hall, magie et attractions se côtoient sur une même affiche. La BnF conserve précisément ce document sous le titre Grand théâtre salon Ed. Marcketti… Miss Wilson.
Le programme est particulièrement varié : prestidigitation, acrobatie, personnages comiques, tableaux dansés et numéros visuels se succèdent. Parmi les attractions figure Miss Wilson, présentée comme une étonnante peintre capable d’exécuter devant le public un grand tableau au pastel en seulement trois minutes, puis le portrait d’un spectateur ‘à la minute’.
Marcketti semble avoir fait de cette diversité sa spécialité. Une autre affiche conservée au Musée Carnavalet mentionne en effet un ‘Théâtre Marcketti – Théâtre des Lilliputiens’, alors placé sous la direction de E. Gautier.
Plus qu’une salle de théâtre traditionnelle, le Grand Théâtre Salon apparaît ainsi comme un lieu de spectacle-attraction, où la curiosité et la prouesse comptaient autant que la représentation elle-même.
Source : Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie ; Musée Carnavalet – Histoire de Paris, collections d’affiches de spectacles.

Grand Théâtre Salon Ed. Marcketti, affiche annonçant notamment Miss Wilson, peintre de spectacle, 1881. Bibliothèque nationale de France.
Le Palais des Mirages
Le Palais des Mirages : quand les miroirs fabriquent l’infini
Présenté pour la première fois lors de l’Exposition universelle de Paris en 1900, le dispositif imaginé par l’architecte Eugène Hénard portait alors le nom de Salle des Illusions ou Palais des Illusions. Son succès fut tel qu’il fut ensuite repris par le Musée Grévin, où il devint le Palais des Mirages.
Le principe est aussi simple qu’ingénieux : dans une salle hexagonale, d’immenses miroirs disposés sur les parois se réfléchissent les uns dans les autres. Colonnes, arcades et décors semblent alors se multiplier à l’infini, formant autour du spectateur de longues perspectives imaginaires.
À cette architecture illusoire s’ajoute l’électricité, encore spectaculaire au début du XXe siècle : lampes et éclairages colorés font apparaître et disparaître les décors dans les miroirs. Un texte de 1909 décrit ainsi une véritable ‘féerie’, où les salles semblent se reproduire jusqu’aux limites de la perception.
Le Palais des Mirages apparaît ainsi comme un étonnant ancêtre de nos spectacles immersifs : le spectateur ne regarde plus seulement un décor, il se trouve littéralement plongé à l’intérieur de l’illusion.
Source : Max de Nansouty, Les Trucs du théâtre, du cirque et de la foire, 1909 ; Bibliothèque nationale de France, Gallica, documents consacrés à l’Exposition universelle de 1900.

Le Palais des Mirages au Musée Grévin. Vue intérieure montrant la multiplication des perspectives produite par les miroirs.

Le Palais des Illusions. Vue de la salle et de ses éclairages électriques. Le document décrit une salle hexagonale revêtue de glaces de Saint-Gobain et un plafond de style mauresque sculpté par Alméras
Le Pays des Fées
Le Pays des Fées : un jardin enchanté au cœur de Paris
En 1889, dans l’effervescence de l’Exposition universelle, le Pays des Fées s’installe avenue Rapp, à quelques pas du Champ-de-Mars et de la toute nouvelle tour Eiffel. Présenté comme un ‘jardin enchanté’, il invite le public à pénétrer dans l’univers des contes et du merveilleux.
Le lieu réunit spectacles, dioramas, pantomimes et concerts. Ali Baba, Barbe-Bleue, La Belle au bois dormant ou encore Le Petit Chaperon rouge prennent vie au milieu de décors et d’attractions. L’affiche promet d’ailleurs des ‘représentations originales’ et de ‘nombreuses attractions’.
Plus qu’une simple salle de spectacle, le Pays des Fées propose au visiteur de passer d’un univers à l’autre. Il appartient à cette nouvelle génération d’attractions qui, à la fin du XIXe siècle, utilisent décors, images et machineries pour donner au public l’illusion de voyager sans quitter Paris.
Éphémère comme beaucoup d’attractions liées aux grandes expositions, le Pays des Fées constitue ainsi un bel ancêtre de nos spectacles immersifs.

Pays des Fées. Jardin enchanté de l’avenue Rapp. Représentations originales. Nombreuses attractions, 1889. J. Jonchère, dessinateur ; Imprimerie Floucaud et Cie, imprimeur. Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
Sport Aéronautique
Les Arènes du sport aéronautique : quand voler devient un spectacle
Entre 1882 et 1888, boulevard Voltaire, près de la place Saint-Ambroise à Paris, un établissement pour le moins original attire les curieux : les Arènes du sport aéronautique, placées sous la direction de l’aéronaute Eugène Godard aîné.
À une époque où la conquête de l’air fascine le public, on vient y assister à des ascensions de ballons libres ou captifs, mais aussi à des expériences scientifiques et à la présentation de nouveaux systèmes de navigation aérienne. Ballons, aérostats et autres inventions deviennent ainsi les vedettes d’un spectacle où se mêlent science, technique et divertissement.
L’organisation elle-même rappelle celle des attractions populaires : entrée payante, plusieurs enceintes et espaces réservés à l’observation. Le spectateur ne reste plus simplement assis devant une scène : il vient voir de près l’expérience et la prouesse.
Ces arènes témoignent ainsi d’une nouvelle manière de faire spectacle à la fin du XIXe siècle : la modernité et l’innovation technique deviennent elles-mêmes une attraction.

Boulevard Voltaire, place Saint-Ambroise – Arènes du Sport Aéronautique, sous la direction d’Eugène Godard aîné, entre 1882 et 1888. Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
Vélodrome
Le vélodrome : quand la bicyclette devient spectacle
À la fin du XIXe siècle, l’engouement pour la bicyclette transforme les vélodromes en véritables lieux de divertissement. On y vient bien sûr pour assister aux courses, mais également pour découvrir les nouvelles machines, admirer les prouesses des cyclistes et participer à de grandes manifestations consacrées au vélocipède.
L’affiche présentée ici annonce ainsi l’Exposition internationale du sport vélocipédique, organisée au Vélodrome d’Hiver de Bruxelles du 2 au 10 février 1895. La bicyclette y est déjà bien davantage qu’un simple moyen de transport : elle est devenue sport, attraction et spectacle populaire.

Vélodrome d’Hiver de Bruxelles – Exposition internationale du sport vélocipédique, du 2 au 10 février 1895. Affiche imprimée par Ad. Mertens, Bruxelles.