Altercation dans les couloirs de l’Opéra – 1889

Le spectacle n’est pas toujours là où on l’attend. En 1889, Jean Béraud nous entraîne non pas sur la scène de l’Opéra, mais dans ses couloirs, devant les portes des premières loges, où une altercation attire soudain tous les regards.

Au centre du tableau, deux hommes en habit se font face. L’un lève la main et semble sur le point de souffleter son adversaire. Autour d’eux, les spectateurs se sont immédiatement transformés en public : messieurs en haut-de-forme, élégantes en robes du soir, curieux qui se penchent ou se retournent pour ne rien perdre de l’incident. Plusieurs femmes sont masquées, détail qui laisse penser que Béraud situe la scène pendant une soirée de bal.

Le peintre saisit ainsi tout un petit théâtre mondain. Le geste suspendu suffit à raconter l’affrontement : à une époque où le soufflet constitue une offense publique particulièrement humiliante, une telle gifle peut transformer une querelle en véritable affaire d’honneur.

Mais ce qui amuse surtout dans la composition, c’est le renversement des rôles. Les artistes sont ailleurs, derrière les portes ; ici, ce sont les spectateurs qui font le spectacle. Béraud, observateur attentif de la vie parisienne, saisit ce moment où les couloirs de l’Opéra deviennent eux-mêmes une scène, avec ses acteurs, ses témoins… et un public déjà tout trouvé.

Un petit drame en marge du grand spectacle : pas de décor, pas de répétition et, semble-t-il, aucune difficulté pour remplir la salle.

Source : Musée Carnavalet – Histoire de Paris, notice de l’œuvre Altercation dans les couloirs de l’Opéra, Jean Béraud, 1889.

Jean Béraud (1849-1935), Altercation dans les couloirs de l’Opéra, 1889, peinture, Musée Carnavalet – Histoire de Paris, Paris.

Arrêté… en sergent de ville ! – 1898

Il arrive parfois que le théâtre et la réalité se rencontrent avec un sens de l’ironie qu’aucun auteur n’aurait osé imaginer.

En 1898, au théâtre des Bouffes-du-Nord, à Paris, on joue La Goualeuse. Parmi les figurants se trouve un homme que la police recherche : le récit le présente comme un bandit qui terrorisait son quartier avec l’aide de quelques comparses. Les policiers apprennent bientôt que leur homme se produit chaque soir au théâtre et qu’il serait même chargé de diriger la figuration.

Les agents décident donc de venir le cueillir directement aux Bouffes-du-Nord. Jusque-là, l’histoire pourrait n’être qu’une arrestation dans les coulisses. Mais un détail lui donne toute sa saveur.

Au moment où les policiers mettent la main sur leur homme, celui-ci est en costume de scène. Et quel rôle interprète-t-il ? Celui d’un sergent de ville ! Le faux policier est donc arrêté par de vrais policiers alors qu’il porte précisément leur uniforme.

Le Petit Journal ne pouvait laisser passer pareille scène. Son supplément illustré représente l’arrestation sur le plateau : au milieu des décors et des figurants, plusieurs agents empoignent leur collègue d’un soir, sous les regards étonnés des artistes.

Pour une fois, le costume était parfaitement choisi… mais certainement pas pour passer inaperçu.

Source : Récit d’époque consacré à l’arrestation survenue au théâtre des Bouffes-du-Nord pendant les représentations de La Goualeuse.

Arrêté en sergent de ville !, illustration de H. Meyer, Supplément illustré du Petit Journal, 1898, p. 136.