Sur les scènes de théâtre et d’opéra, la danse ne reproduit pas toujours une tradition chorégraphique dans sa forme originale. Elle peut être adaptée, stylisée ou entièrement recréée pour répondre aux exigences du spectacle, évoquer un pays, caractériser un personnage ou créer une couleur particulière.
Ballets de caractère, danses adaptées et stylisées pour la scène et représentations dites ‘exotiques’ témoignent ainsi de la manière dont la scène s’est approprié des danses et des imaginaires venus d’horizons très divers. Ces formes nous renseignent autant sur l’histoire du spectacle que sur le regard porté, selon les époques, sur les cultures représentées.

Ballets de caractère
Le ballet de caractère introduit sur scène des danses inspirées de traditions populaires ou nationales, mais adaptées au langage du ballet. Gestes, rythmes, attitudes et costumes évoquent ainsi une région, un peuple ou une culture sans chercher à reproduire fidèlement la danse d’origine.
Très présent aux XVIIIe et XIXe siècles, il permet d’enrichir les ballets par une grande variété de styles et d’ambiances. Mazurkas, polonaises, csárdás, danses espagnoles ou italiennes peuvent ainsi être transformées pour la scène et intégrées à une chorégraphie académique.
Le ballet de caractère se situe donc à la rencontre de la danse traditionnelle et de la danse théâtrale : il emprunte à la première ses signes distinctifs et les réinterprète selon les codes du spectacle.

Danseur de csárdás pour Coppélia, projet de costume d’Alfred Albert, 1870. Inspirée d’une danse traditionnelle hongroise, la csárdás est ici adaptée et stylisée pour les besoins du ballet. Source : Alfred Albert, 1870 ; Wikimedia Commons, domaine public.
Danses adaptées et stylisées pour la scène
Lorsqu’une danse entre au théâtre, à l’opéra ou au music-hall, elle est rarement reproduite exactement comme elle se pratique dans son milieu d’origine. Le chorégraphe peut en conserver le rythme, quelques pas ou certaines attitudes tout en les modifiant pour les rendre plus lisibles, plus spectaculaires ou mieux adaptées à l’espace scénique.
Danses populaires, régionales, historiques ou danses de société peuvent ainsi être simplifiées, amplifiées, combinées à d’autres mouvements ou parfois presque entièrement réinventées. La danse devient alors un élément de la représentation : elle accompagne une action, caractérise un personnage, crée une ambiance ou participe à un effet spectaculaire.
Il ne s’agit donc pas ici d’un genre chorégraphique particulier, mais d’un processus de transformation de la danse par la scène. Une même danse peut ainsi présenter une forme très différente selon qu’elle est pratiquée dans un bal, dans la rue ou devant un public.

Mistinguett et Max Dearly dans ‘La Revue du Moulin-Rouge’, dessin d’Yves Marevéry, 1908. Le couple y interprète la célèbre valse chaloupée, exemple caractéristique d’une danse transformée et stylisée pour les besoins du music-hall. Source : Bibliothèque nationale de France, Gallica.
Représentations “exotiques”
Aux XIXe et au début du XXe siècle, théâtres, opéras, ballets et music-halls manifestent un goût marqué pour les contrées alors considérées comme lointaines ou ‘exotiques’. L’Orient, l’Afrique, l’Asie, les Amériques ou les îles du Pacifique deviennent autant de sources d’inspiration pour les décors, les costumes et les danses.
Ces spectacles ne cherchent cependant pas toujours à reproduire fidèlement les traditions observées. Chorégraphes, décorateurs et costumiers mêlent des éléments réels à des inventions, parfois empruntées à plusieurs cultures différentes, afin de créer une image immédiatement reconnaissable et spectaculaire pour le public occidental.
Danseuses ‘orientales’, tableaux égyptiens, ballets indiens, chinois ou japonais participent ainsi à la construction d’un ailleurs rêvé et théâtralisé. Aujourd’hui, ces représentations constituent des documents précieux : elles renseignent à la fois sur l’histoire du spectacle et sur la manière dont les sociétés occidentales imaginaient et mettaient en scène les autres cultures.
Le terme ‘exotique’ est donc employé ici dans son sens historique, tel qu’il apparaissait dans le vocabulaire et les spectacles de l’époque.

Joséphine Baker dansant le Charleston aux Folies-Bergère, Paris, vers 1926. Par son costume, son décor et sa mise en scène spectaculaire, le music-hall parisien transforme alors les danses venues d’Amérique en images d’un ailleurs largement réinventé pour le public européen. Source : Smithsonian National Museum of African American History and Culture, photographie de Stanisław Julian Ignacy Ostroróg, dit Walery, vers 1926, domaine public.