Le Black Bottom
Né dans les communautés afro-américaines du sud des États-Unis, le Black Bottom devient une véritable mode au milieu des années 1920. D’abord présent dans les spectacles et cabarets afro-américains, il conquiert Broadway, notamment grâce à la revue George White’s Scandals of 1926, avant de gagner les salles de danse européennes.
Dansé seul ou en couple, il associe, pas glissés et frappés, flexions des genoux, mouvements du bassin et gestes volontiers comiques, parfois ponctués d’une tape sur le postérieur. Proche du Charleston par son énergie, il possède néanmoins ses propres figures. Son succès illustre l’influence majeure des traditions afro-américaines sur les danses sociales et le spectacle des Années folles

Ann Pennington et Tom Patricola exécutant le Black Bottom sous le regard du producteur George White, lors de la revue George White’s Scandals, en 1926. Leur numéro contribua largement à transformer cette danse en véritable phénomène des Années folles.
Le Blues
La danse blues ne désigne pas une chorégraphie unique, mais un ensemble de danses sociales afro-américaines développées en étroite relation avec la musique blues. Nées principalement dans le sud des États-Unis, elles se sont transmises dans les fêtes, les salles communautaires, les cabarets et les ‘juke joints’, avant d’évoluer au gré des migrations et des styles musicaux. Pratiquée individuellement ou en couple, la danse blues privilégie l’improvisation, une posture ancrée dans le sol, les transferts de poids et l’expression personnelle. Ses mouvements peuvent être retenus et intimes ou plus vifs et accentués. Elle ne se réduit donc pas à un simple slow : elle constitue une riche famille de danses vernaculaires qui a influencé le jazz, le swing et de nombreuses danses populaires américaines.

Danseurs afro-américains dans un ‘juke joint’ près de Clarksdale, dans le delta du Mississippi, en 1939. Ces établissements populaires du sud des États-Unis furent des lieux essentiels de sociabilité, de musique et de développement des danses liées au blues. Photographie de Marion Post Wolcott, Farm Security Administration, Library of Congress.
Le Boogie-woogie
Le boogie-woogie désigne d’abord un style de piano issu du blues afro-américain, caractérisé par une basse répétitive et entraînante accompagnant des variations improvisées. Très populaire aux États-Unis dans les années 1930 et 1940, cette musique contribue à l’essor du swing puis annonce certains rythmes du rock’n’roll.
La danse aujourd’hui appelée boogie-woogie se développe surtout en Europe après la Seconde Guerre mondiale, sous l’influence du Lindy Hop, du jitterbug et du rock’n’roll américain. Dansée en couple, elle repose généralement sur une structure à six temps, des pas rapides, des jeux de jambes précis et une grande liberté d’improvisation. Vive et ludique, elle privilégie l’interprétation musicale et la complicité entre les partenaires. Elle se distingue du rock acrobatique par une place plus importante accordée au travail rythmique et aux déplacements au sol.

Des couples dansent le jitterbug à New York en 1938. Cette danse swing américaine, proche du Lindy Hop, constitue l’une des principales sources chorégraphiques du boogie-woogie qui se développera en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Photographie d’Alan Fisher, collection New York World-Telegram and the Sun, Library of Congress.
Le Cake-Walk
Né au XIXe siècle parmi les populations afro-américaines du sud des États-Unis, le Cake-Walk trouve ses origines dans des parades dansées qui caricaturaient notamment les attitudes et les manières de la société blanche. Transformé en concours, il doit son nom au gâteau (cake) parfois offert aux meilleurs danseurs. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, son allure spectaculaire et ses pas exagérés connaissent un immense succès sur les scènes américaines puis européennes, notamment à Paris, où le Cake-Walk devient l’une des premières grandes danses afro-américaines à susciter un véritable phénomène de mode.

Leçon de Cake-Walk – L’Entrée. Cette carte postale française du début du XXe siècle montre un couple reproduisant les attitudes théâtrales, les jambes levées et les gestes volontairement exagérés caractéristiques du Cake-walk. Elle témoigne de l’immense popularité rencontrée par cette danse en France vers 1900, après son arrivée sur les scènes de music-hall.
Le Charleston
Né dans les communautés afro-américaines du sud des États-Unis, le Charleston devient un véritable phénomène dans les années 1920, notamment après son apparition sur les scènes de Broadway. Reconnaissable à ses mouvements rapides des jambes, ses genoux qui se rapprochent et s’écartent et son rythme syncopé, il incarne bientôt toute l’énergie des Années folles. Sa diffusion en Europe, et particulièrement à Paris, en fait l’un des symboles de la modernité chorégraphique de l’entre-deux-guerres.

‘Charleston. La danse du jour’. Un couple exécute les mouvements rapides et déhanchés de cette danse emblématique des Années folles. Cette couverture témoigne de la diffusion internationale du Charleston, parvenu jusqu’en Uruguay dès les années 1920. Couverture de la revue illustrée uruguayenne Mundo Uruguayo, publiée à Montevideo en 1926.
Les claquettes
Les claquettes, ou tap dance, se développent aux États-Unis au XIXe siècle à la rencontre de plusieurs traditions, notamment africaines, irlandaises et britanniques. Les pieds deviennent de véritables instruments de percussion, produisant des rythmes grâce aux frappes exécutées sur le sol. Étroitement liées au vaudeville, au jazz, à Broadway puis au cinéma musical, les claquettes connaissent leur âge d’or durant la première moitié du XXe siècle.
Le buck-and-wing, rapide et parfois acrobatique, le soft shoe, plus souple et glissé, et le hoofing, fondé sur l’improvisation et la complexité rythmique, témoignent de la diversité de cet art. Des artistes comme Bill ‘Bojangles’ Robinson, les Nicholas Brothers, Fred Astaire ou Eleanor Powell contribuent à sa popularité. Au-delà de la virtuosité des pas, le danseur devient un véritable musicien, dialoguant avec l’orchestre par les sons produits sous ses chaussures.

Cours de claquettes à l’Iowa State College, 1942 Photographie de Jack Delano, Library of Congress.
Danse et jazz dans le Paris des années 1920
Dans le Paris des années 1920, l’arrivée et la diffusion du jazz bouleversent les habitudes de danse. Foxtrot, shimmy, charleston et autres danses venues principalement des États-Unis envahissent bals, dancings, cabarets et music-halls. Portées notamment par l’influence des artistes afro-américains, elles incarnent aux yeux du public une nouvelle liberté du corps, un goût pour le rythme et la modernité qui marquent profondément les Années folles.

Sem, pseudonyme de Georges Goursat, Deux danseurs de charleston, dont Berry-Wall et deux musiciens, planche 32 de l’album White Bottoms, 1927, chromolithographie. Musée Carnavalet, Paris Musées. CC0.
La danse jazz
La danse jazz est une forme chorégraphique issue du vaste ensemble des danses afro-américaines développées aux États-Unis avec le blues, le ragtime et le jazz. Elle en conserve plusieurs principes essentiels : l’importance du rythme, la syncopation, l’improvisation, les isolations des différentes parties du corps et une relation très personnelle à la musique. Elle ne constitue donc pas une technique unique, mais une famille de styles en constante évolution.
À partir des années 1930 et 1940, ces danses gagnent les cabarets, Broadway et le cinéma. Katherine Dunham rapproche les traditions afro-caribéennes de la danse moderne, tandis que Jack Cole contribue à élaborer un véritable langage scénique, prolongé ensuite par Matt Mattox, Luigi ou Bob Fosse. La danse jazz intègre progressivement des éléments du ballet et de la danse moderne, tout en conservant son énergie, sa musicalité et son goût pour l’expression individuelle.

Katherine Dunham prenant trois poses pour la promotion de ‘Tropical Revue’, en 1943. Le costume de music-hall et l’expressivité des attitudes témoignent de son alliance entre traditions afro-caribéennes, théâtre et danse jazz. Photographie de presse, World Wide Photos, 6 novembre 1943.
Danses de cabaret et de revue
À la fin du XIXe siècle et durant la première moitié du XXe siècle, cabarets, music-halls et grandes revues deviennent des lieux privilégiés d’invention chorégraphique. Les numéros mêlent danse, acrobatie, fantaisie, costumes spectaculaires et influences venues du ballet comme des nouvelles danses populaires et du jazz. Plus qu’un style unique, les danses de cabaret et de revue constituent ainsi un vaste répertoire de danses de scène, conçu avant tout pour surprendre, séduire et divertir le public.

Harold Lang en couverture de Dance Magazine, juin 1952. Le danseur et comédien américain triomphe alors à Broadway dans la reprise de la comédie musicale Pal Joey, où il interprète Joey Evans. Couverture de Dance Magazine, numéro de juin 1952. Harold Lang tenait bien le rôle principal dans la reprise de Pal Joey, créée au Broadhurst Theatre en janvier 1952.

Nijni et Stone, danseurs de scène dans les années 1920–1930. Affiche Art déco illustrant les spectacles de cabaret et de revue, à la croisée du ballet et des danses modernes.

Roseray . Cappella. Sylvio. 1929
Les Danses du ragtime
Les danses du ragtime ne constituent pas une forme unique, mais un ensemble de danses sociales apparues aux États-Unis entre la fin du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale. Leur essor accompagne celui du ragtime, musique issue de la culture afro-américaine et caractérisée par ses rythmes fortement syncopés. Plus libres que les anciennes danses de salon, elles privilégient la marche, les changements de direction et les figures faciles à improviser.
Le One-step et le Two-step servent de bases à de nombreuses variations. Le Turkey Trot, le Grizzly Bear et le Bunny Hug appartiennent à la famille pittoresque des ‘danses animalières’, dont les gestes imitent certains mouvements d’animaux. Leur énergie, le rapprochement des partenaires et leur liberté corporelle provoquent parfois scandales et interdictions. Popularisées et assagies par des danseurs mondains comme Vernon et Irene Castle, ces danses annoncent le Foxtrot, le Charleston et les grandes danses de l’âge du jazz.

Oscar Schwarz et Carrie Reynolds présentent plusieurs ‘danses animalières’ du ragtime : le ‘Turkey Trot’, le ‘Grizzly Bear’ et le ‘Bunny Hug’. Publiée dans le Buffalo Courier le 14 avril 1912, cette série photographique témoigne de la liberté gestuelle et du rapprochement des partenaires qui contribuèrent au succès, mais aussi au scandale, de ces nouvelles danses.
Les Danses swing
Les danses swing regroupent plusieurs danses sociales développées aux États-Unis entre les années 1920 et 1940, en étroite relation avec le jazz joué par les grands orchestres. Beaucoup trouvent leurs racines dans les communautés afro-américaines. Le Lindy Hop, apparu à Harlem, en constitue la forme la plus emblématique, tandis que le Balboa se développe en Californie et que le Collegiate Shag séduit notamment la jeunesse étudiante. Le terme Jitterbug désigne alors, de manière assez générale, les danseurs et les différentes formes de swing particulièrement énergiques.
Dansées en couple, ces pratiques reposent sur l’improvisation, le rebond, les variations rythmiques et le dialogue entre partenaires. Certaines alternent positions ouvertes et fermées, jeux de jambes rapides et figures aériennes. Diffusées par les bals, les orchestres, les concours et le cinéma, elles deviennent l’une des expressions les plus populaires de l’âge du swing. Après un recul dans les années 1950, elles connaissent un important renouveau international à partir des années 1980.

Danseurs dans un club de jazz à Washington, entre 1938 et 1948. Saisi en pleine figure improvisée, le couple illustre le dialogue, le rebond et la liberté corporelle caractéristiques des danses swing. Photographie de William P. Gottlieb, Library of Congress.
Le foxtrot
Apparu aux États-Unis dans les années 1910, le foxtrot est une danse de couple qui se développe au rythme des nouvelles musiques populaires américaines et du ragtime, puis du jazz. Fondé sur une alternance de pas lents et rapides, il permet aux danseurs de se déplacer avec souplesse autour de la piste. Rapidement adopté en Europe, notamment après la Première Guerre mondiale, il devient l’une des grandes danses de société des Années folles et donnera naissance à différentes formes, dont le slow-fox et le quickstep.

Footloose. Un couple adopte une posture élégante et légèrement théâtrale pour illustrer cette chanson destinée au foxtrot. La couverture témoigne de la diffusion des nouvelles danses américaines par les partitions illustrées des années 1920. Couverture de la partition Footloose: Fox Trot Song, paroles de Hal Cochran, musique de Carl Rupp, publiée en 1925 par Sam Fox Publishing Company, Cleveland et New York. La chanson accompagne The Original Footloose Strut, danse de Ned Wayburn.

The Kangaroo Hop. Un couple dansant illustre ce foxtrot au titre fantaisiste, apparu durant la vogue des danses inspirées des mouvements d’animaux. Les lignes souples et les couleurs contrastées donnent à la couverture une élégance très caractéristique des années 1910. Couverture de la partition The Kangaroo Hop: Fox Trot, musique de Melville Morris, publiée en 1915 par Jerome H. Remick & Co., New York et Detroit.
Jazz vernaculaire (Authentic Jazz)
Le jazz vernaculaire, également appelé ‘Authentic Jazz’, ne désigne pas une danse unique, mais un ensemble de pratiques sociales créées et développées dans les communautés afro-américaines, en relation étroite avec le ragtime, le blues, le jazz puis le swing. Transmises dans les fêtes, les clubs et les salles de bal, elles se pratiquent individuellement, en groupe ou s’intègrent aux danses de couple.
Cette tradition privilégie l’improvisation, la syncopation, une posture ancrée dans le sol, les isolations corporelles et l’expression personnelle. Son vocabulaire comprend notamment le Charleston, le Black Bottom, le Shim Sham, la Suzie Q, le Shorty George et le Truckin’. Il nourrit directement le Lindy Hop et les autres danses swing, tout en conservant une existence autonome sous la forme du solo jazz.
L’expression ‘Authentic Jazz’ sert aujourd’hui à distinguer ces danses vernaculaires du jazz théâtral ou chorégraphié pour la scène. Elle ne désigne toutefois pas un répertoire figé, mais une culture dansée vivante, fondée sur la créativité, le dialogue avec la musique et la réinvention individuelle.

Danseurs afro-américains dans un juke-joint de Clarksdale, dans le Mississippi, en novembre 1939. Photographiés au cœur d’une pratique sociale et non d’une chorégraphie de scène, ils incarnent l’improvisation, le rapport direct à la musique et l’expression personnelle propres au jazz vernaculaire. Photographie de Marion Post Wolcott, Farm Security Administration.
Note : Le mot ‘vernaculaire’ vient du latin vernaculus, qui signifie ‘propre au pays’ ou ‘né sur place’. Il qualifie ce qui se développe naturellement au sein d’une communauté. Appliqué à la danse, il désigne des pratiques créées et transmises dans les fêtes, les bals et les lieux de sociabilité, par opposition aux formes élaborées dans les écoles académiques ou spécialement conçues pour la scène.
Le jive
Le jive est une danse de couple vive et enjouée, issue des danses swing afro-américaines apparues aux États-Unis dans les années 1930, notamment le Lindy Hop et le jitterbug. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ces pratiques sont diffusées en Europe par les soldats américains. Le mot ‘jive’, déjà employé dans l’argot et le milieu du jazz, finit alors par désigner différentes manières de danser sur une musique swing rapide.
Les professeurs de danse britanniques en élaborent ensuite une version codifiée destinée aux écoles et aux compétitions. Dansé sur une mesure à quatre temps, le jive associe généralement un pas arrière, deux chassés, des balancements, des coups de pied et des mouvements rapides des jambes. Malgré ses origines américaines, il est intégré aux cinq danses dites ‘latines’ de la danse sportive internationale.
Le jive demeure proche du rock’n’roll, mais sa forme de compétition est plus précisément réglée : elle privilégie la légèreté, le rebond et la netteté des pas, tandis que le rock acrobatique développe davantage les portés et les figures aériennes.

William H. Johnson, ‘Jitterbugs (V)’, vers 1941-1942. Cette sérigraphie évoque l’énergie des danses swing afro-américaines dont est issu le jive. Smithsonian American Art Museum.
Le Madison
Le Madison est une danse collective en ligne apparue à la fin des années 1950 dans les communautés afro-américaines du Midwest. Son origine est généralement rattachée au LVA Club de Columbus, dans l’Ohio, vers 1957, même si plusieurs villes américaines en ont revendiqué la création. Adopté avec enthousiasme à Baltimore, il est popularisé à l’échelle nationale en 1960 grâce aux émissions télévisées destinées à la jeunesse, notamment The Buddy Deane Show.
Les danseurs, placés côte à côte, exécutent simultanément une succession de pas en avant, en arrière et sur les côtés, accompagnés de croisements, de claquements de mains et de quarts de tour. Certaines figures sont annoncées par un meneur ou directement dans l’enregistrement musical. Le Madison permet ainsi de danser collectivement sans partenaire attitré, avec un enchaînement suffisamment simple pour être rapidement appris.
En France, la vogue du Madison se développe pendant l’été 1962. Billy Bridge, surnommé le ‘Petit Prince du Madison’, contribue largement à son succès avec Le Grand M, Ça c’est l’Madison et Madison flirt. En 1964, Jean-Luc Godard en propose une célèbre variation cinématographique dans Bande à part, avec Anna Karina, Claude Brasseur et Sami Frey.

William ‘Bubbles’ Holloway appelle les pas devant la première équipe officielle connue du Madison, au LVA Club de Columbus, dans l’Ohio, à la fin des années 1950. Cette photographie documente les débuts de la danse dans la communauté afro-américaine de Columbus. Photo Pierce, publiée dans ‘The Ohio Sentinel’, 18 juin 1960.
Traduction de l’article : ‘La vogue du Madison est née ici, à Columbus.’ ‘La vogue du Madison, qui déferle actuellement sur les États-Unis et l’Europe, est née à Columbus, affirme William ‘Bubbles’ Holloway, photographié à gauche tandis qu’il annonce les pas, aux premiers temps de cette fascinante chorégraphie, au LVA Club d’East Long Street. Selon Holloway, la photographie montre le premier groupe officiel de Madison connu. De gauche à droite : Carla Singer, Irvin Jones, Mary Autry, Wallace Jones, Patricia Hodge, Billy Gilchrist, Deanna Early et Eugene Green. Photographie Pierce.‘
Le rock ‘n’ roll
Le rock ‘n’roll dansé apparaît aux États-Unis au milieu des années 1950, en même temps que la musique du même nom. Il ne constitue pas immédiatement une danse entièrement nouvelle : les jeunes adaptent au rhythm and blues et au rock les figures du Lindy Hop, du jitterbug, du boogie-woogie et d’autres danses swing issues des communautés afro-américaines. Les films musicaux, les émissions de télévision et les disques de Bill Haley, Chuck Berry, Little Richard ou Elvis Presley favorisent rapidement sa diffusion.
Danse de couple énergique et largement improvisée, le rock ‘n’ roll associe changements de place, tours, jeux de bras et rapides mouvements de jambes. En Europe, son enseignement conduit à plusieurs formes codifiées, notamment le rock à quatre temps et le rock à six temps. Ce dernier repose généralement sur un pas arrière suivi de deux chassés : ‘un-deux, trois-et-quatre, cinq-et-six’.
À partir des années 1970, le rock acrobatique devient une discipline de spectacle et de compétition. Aux pas dansés s’ajoutent alors sauts, portés et figures aériennes soigneusement préparées. Il convient donc de distinguer ce rock sportif du rock social des années 1950, plus proche du swing et fondé sur l’improvisation du couple.

Couple participant à un concours de rock ‘n’ roll à l’hôtel Krasnapolsky d’Amsterdam, le 3 février 1957. Cette photographie témoigne de la rapide diffusion en Europe de la nouvelle danse venue des États-Unis. Photographie : Herbert Behrens / Anefo, Nationaal Archief.
Le Shimmy
Le Shimmy est à la fois une danse et un mouvement caractéristique du jazz vernaculaire. Apparu aux États-Unis durant les années 1910, dans le prolongement des pratiques dansées afro-américaines, il consiste à agiter rapidement les épaules d’avant en arrière, alternativement, tandis que le reste du corps demeure relativement stable. Le mouvement peut également gagner la poitrine, les hanches et l’ensemble du corps.
D’abord pratiqué dans les cabarets, les salles de danse et le vaudeville, le Shimmy se danse seul ou s’intègre au foxtrot, au Charleston et à d’autres danses de l’époque. Plusieurs chansons témoignent de son existence avant 1920, notamment Shim-Me-Sha-Wabble de Spencer Williams, publiée en 1917.
La danseuse américano-polonaise Gilda Gray n’a probablement pas inventé le Shimmy, comme elle l’affirma parfois, mais elle joue un rôle essentiel dans sa popularisation. Présenté dans les Ziegfeld Follies de 1922, son numéro lui vaut le surnom de ‘Reine du Shimmy’. Jugée sensuelle et provocante, la danse est condamnée par certains professeurs, moralistes et autorités municipales. Ces interdictions contribuent paradoxalement à sa renommée et en font l’un des symboles des Années folles, du cabaret et de la libération du corps féminin.

Affiche annonçant la venue de Gilda Gray au Columbia Theatre, probablement en 1925. Surnommée la ‘Reine du Shimmy’, la danseuse contribua largement à populariser cette danse fondée sur une agitation rapide des épaules et du corps. Le slogan ‘She’ll shake the town’ — ‘Elle va secouer toute la ville’ — joue directement sur son célèbre mouvement.
Le Twist
Le Twist apparaît dans les communautés afro-américaines des États-Unis à la fin des années 1950. Contrairement aux danses de couple traditionnelles, les partenaires ne se tiennent pas : chacun danse librement face à l’autre. Les pieds pivotent sur le sol, les genoux se fléchissent et les hanches tournent alternativement, comme si le danseur cherchait à écraser une cigarette sous chaque pied.
La chanson The Twist, enregistrée par Hank Ballard and the Midnighters en 1958 puis publiée en 1959, accompagne les débuts de la danse. Sa reprise par Chubby Checker en 1960 et sa présentation dans l’émission télévisée American Bandstand déclenchent une vogue internationale. Le morceau atteint une première fois la tête des classements américains en 1960, puis de nouveau en 1962.
Simple à apprendre, le Twist bouleverse les usages sociaux : il permet de danser sans partenaire attitré et offre à chacun une plus grande autonomie corporelle. En France, il devient l’une des danses emblématiques de la génération yé-yé, popularisée notamment par Johnny Hallyday, Les Chats sauvages, Richard Anthony et Sylvie Vartan.

The Twist, couverture d’un numéro unique publié par Dell en 1962. Peinte par Bill Williams, cette image transforme la nouvelle danse à la mode en sujet de bande dessinée : signe révélateur de l’immense popularité du Twist dans la culture américaine du début des années 1960.

Publicité française pour Tango Twist, présentée comme le ‘mariage inattendu et brillant de deux danses à la mode’. Sylvie Vartan et Paul Anka, deux figures de la jeunesse musicale des années 1960, illustrent ici la manière dont l’industriedu disque associait le Twist à d’autres rythmes afin d’en prolonger la vogue.