Terrible incendie du ballet de Philadelphie – 1861

Le 14 septembre 1861, au Continental Theatre de Philadelphie, une représentation de La Tempête de Shakespeare se prépare lorsque les coulisses sont soudain frappées par un terrible accident. Une partie du corps de ballet est surprise par le feu au moment où les danseuses s’apprêtent à participer au spectacle.

Les gravures publiées quelques jours plus tard donnent toute la mesure du drame. Dans l’une, la panique gagne les danseuses tandis que des hommes tentent de leur porter secours ; dans l’autre, une jeune femme dont le costume s’est embrasé est entourée de ses camarades. Ces images rappellent combien les coulisses du théâtre pouvaient alors devenir dangereuses en quelques secondes.

Le bilan rapporté par votre document est effroyable : sept danseuses perdent la vie. Le drame frappe d’autant plus les esprits qu’il touche cet univers du ballet associé, pour le public, à la légèreté et à la féerie.

L’accident est rapidement relayé par la presse illustrée américaine. Harper’s Weekly du 28 septembre 1861 le présente sous le titre Terrible accident and loss of life at the Continental Theatre, Philadelphia. À la même date, Frank Leslie’s Illustrated Newspaper lui consacre également une illustration, aujourd’hui connue sous le titre Fire at the Ballet.

Ces images témoignent d’une réalité longtemps redoutée dans les théâtres du XIXe siècle : le feu. Dans cet univers de décors, de costumes et d’étoffes légères, un départ de feu pouvait prendre en quelques instants des proportions dramatiques.

Ce soir-là, au Continental Theatre, la féerie de La Tempête céda brutalement la place à une tragédie qui, elle, n’était pas écrite par Shakespeare.

Source : presse illustrée américaine, septembre 1861.

Terrible accident and loss of life at the Continental Theatre, Philadelphia, Harper’s Weekly, 28 septembre 1861.

Fire at the Ballet, Continental Theater, Philadelphia, September 14, 1861, détail publié dans Frank Leslie’s Illustrated Newspaper, 28 septembre 1861, p. 312-313.

Une danseuse brûlée – Le drame de Mlle Badol

Le 22 novembre 1891, Le Petit Parisien revient sur un grave accident survenu au Grand Théâtre de Lyon, lors d’une représentation de Robert le Diable. Loin du regard du public, le drame se joue cette fois dans une loge, quelques instants avant l’entrée en scène.

Mlle Badol, danseuse du théâtre, termine sa toilette pour le ballet du deuxième acte. En se retournant, elle renverse une bougie placée devant sa glace. La flamme atteint sa jupe de gaze et, presque instantanément, son costume s’embrase.

Sa camarade Mlle Cernusco, qui l’a aidée à s’habiller, se précipite pour lui porter secours. Elle tente à mains nues d’arracher la jupe enflammée. Mais le feu gagne à son tour son propre costume. Des artistes accourent aux cris des deux femmes tandis que Mlle Badol se roule sur le parquet pour tenter d’étouffer les flammes. Finalement, des robes jetées sur les deux danseuses permettent de maîtriser le feu.

Mlle Badol est grièvement brûlée au dos et aux reins ; son état est jugé très grave, même si sa vie n’est alors pas considérée comme en danger. Mlle Cernusco, blessée en lui portant secours, est brûlée au bras et à la poitrine.

L’article rappelle surtout combien les costumes des danseuses pouvaient rendre le feu redoutable. Les étoffes légères s’enflammaient à la moindre étincelle, dans des théâtres où bougies, becs de gaz et autres flammes faisaient encore partie du quotidien. Le journal rapproche d’ailleurs immédiatement l’accident de celui d’Emma Livry, célèbre ballerine dont le costume avait pris feu en 1862 et qui mourut des suites de ses brûlures.

Derrière l’élégance des tutus et la féerie du ballet se cachait ainsi un danger bien réel : il suffisait parfois d’une flamme et de quelques secondes pour que les coulisses passent du spectacle au drame.

Source : Le Petit Parisien, Supplément littéraire illustré, n° 146, 22 novembre 1891.

L’accident de Lyon – Une danseuse brûlée. La gravure représente Mlle Cernusco tentant de porter secours à Mlle Badol dans sa loge. Le Petit Parisien 22 novembre 1891